En mars 1314, Jacques de Molay, dernier grand maître des Templiers, mourait sur le bûcher. Pourtant, plus de 700 ans après ce procès inique, l'héritage des moines soldats perdure. Si aucun historien sérieux ne revendique une filiation directe, des croyants s'en inspirent pour fonder des ordres néo-chevaleresques. C'est le cas de l'ordre de Saint-Jean-le-Baptiste, né en 2022 sur la Côte d'Azur.
Une association loi 1905 aux accents templiers
L'ordre de Saint-Jean-le-Baptiste est une association loi 1905 qui rassemble des laïcs en quête de spiritualité. Ses membres revêtent le tabard floqué d'une croix pattée et aspirent à devenir des hommes meilleurs. Nice-Matin a eu accès à cet univers confidentiel et fraternel.
Une procession le Vendredi saint
Le 3 avril 2026, Vendredi saint, une procession religieuse a remonté le chemin du Dégoutaï, sur les hauteurs de Saint-Laurent-du-Var, jusqu'au prieuré Saint-Jean, une chapelle troglodytique. En présence de la police et d'une élue, des fidèles capés, épées au ceinturon, accompagnaient un pénitent portant une croix de 30 kg et traînant des chaînes : le catenacciu corse, symbolisant la passion du Christ.
Patrick Cecchini, 69 ans, grand maître et fondateur, explique : « Cette manifestation est la plus visible de notre ordre, qui s'est donné pour mission de préserver notre culture chrétienne et d'en transmettre les valeurs. Nous ne sommes ni des moines ni des soldats, mais nous croyons aux valeurs chevaleresques : honneur, courage, loyauté, humilité, fraternité. Notre croisade est pour la paix et contre la misère. »
Une cinquantaine de membres
L'ordre compte une cinquantaine de membres, hommes et femmes, âgés de 18 à plus de 70 ans. Nul besoin d'être baptisé : toutes les obédiences sont acceptées, pourvu que les candidats soient de bonne volonté et soucieux d'incarner les vertus chrétiennes. L'initiation est le ciment qui relie tous les membres par un même serment.
Le rituel d'initiation
Exceptionnellement, notre reportage a pu assister à une cérémonie d'initiation dans la chapelle troglodytique. Trois récipiendaires, les yeux bandés, le cou encordé, une cheville enchaînée, se sont présentés au pied de l'autel. Le grand maître les a mis en garde : « La droiture du cœur, le sens du service, la charité et l'humilité vous seront exigés. » Après avoir répondu « Oui grand maître », ils ont entendu des textes templiers : « De notre ordre vous ne voyez que l'écorce. Mais vous ne savez pas les durs commandements qui sont dedans. » Ils ont répondu : « Oui, je souffrirai toutes ces choses, s'il plaît à Dieu. Si je suis parjure, que je sois banni. » Le bandeau est tombé, et la devise templière a été entonnée : « Non nobis Domine ! »
David, 51 ans, postulant, confie : « J'ai ressenti une petite montée d'adrénaline. Cette expérience prolonge ma foi catholique. Sur le chemin de transformation, on n'avance plus seul, mais entouré de ses frères et sœurs. »
Un parcours de développement personnel
L'adhésion coûte 100 euros par an. Le novice s'engage dans des actions caritatives, des enseignements ésotériques (symbolisme de la cape, de l'épée, de la rose) et historiques (ordres militaires religieux), ainsi que des messes en latin. Après instruction, il devient écuyer, puis chevalier après deux ans et l'étude de trois livres saints.
Des actions caritatives
L'ordre multiplie les initiatives solidaires. À Nice, l'association Les Anges Gardiens de Monaco organise chaque lundi une distribution alimentaire. Au Bénin, 10 000 livres seront envoyés grâce aux dons de jeunes footballeurs. Des missions humanitaires sont prévues au Liban et en Amérique du Sud.
L'ordre agit via plusieurs structures : Aidons nos racines, la Société de Saint-Vincent-de-Paul et Aux cœurs des mots Monaco.



