Un historien face à nos peurs ancestrales
L'historien Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, sera présent ce lundi 18 mai à la Comédie du livre de Montpellier pour évoquer la peste noire, sujet de son dernier ouvrage. Dans un entretien, il analyse les mécanismes de la peur face aux épidémies, à l'heure où un hantavirus transmis par des rongeurs refait surface sur un bateau.
La peste, un événement monstre qui n'en finit pas
Selon Boucheron, la peste est "un événement monstre" qui persiste dans nos imaginaires. Il explique que l'apparition récente d'un hantavirus rappelle notre vulnérabilité et nos vieilles hantises : des rats et des bateaux apportant la mort. Les épidémies se succèdent, mais le récit épidémique reste souvent le même, chargé d'archaïsmes.
La peste, lorsqu'elle surgit en Europe en 1347, était déjà une maladie du passé, ayant frappé six siècles auparavant, mais oubliée. Aujourd'hui, l'OMS la considère comme "une maladie potentiellement réémergente", car une épidémie n'est jamais totalement éradiquée.
Les traces de la peste dans nos sociétés
La peste du XIVe siècle a laissé des traces dans nos gènes et dans les trajectoires de nos sociétés. Boucheron souligne que de nombreuses études existent, fouillant archives écrites, visuelles, du sol et du vivant. Son livre ne prétend pas découvrir une réalité insoupçonnée, mais plutôt comprendre comment un tel fléau fait événement et rend le monde méconnaissable.
Il n'y a pas d'"après-peste" : la disparition brutale de plus de la moitié de la population européenne a des conséquences durables. Démographiquement, la peste s'installe et certaines régions, comme l'Égypte, en sortent durablement déprimées. Boucheron tente de saisir l'histoire mondiale d'un événement de longue durée.
Un parallèle avec le hantavirus
Le hantavirus, récemment détecté sur un bateau, ravive les peurs ancestrales liées aux rats et aux navires. Boucheron y voit une illustration de la persistance de nos hantises collectives. Il invite à réfléchir sur la manière dont les sociétés affrontent les épidémies, entre mémoire et oubli.



