Nour Elassy, poétesse gazaouie en exil : « C'est absurde de devoir prouver que je suis normale »
Nour Elassy, une voix gazaouie contre l'anesthésie du monde

Un an après avoir fui l'enfer de la bande de Gaza, la poétesse et journaliste palestinienne Nour Elassy, 24 ans, reconstruit sa vie entre les bancs de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et les allées du parc Montsouris, dans le 14e arrondissement de Paris. Dans son recueil « Ceci est ma maison », elle panse les plaies de l'exil et refuse le silence face à ce qu'elle appelle « l'anesthésie » du monde.

Un refuge doux au cœur de Paris

Le matin, Nour Elassy fait son footing au parc Montsouris, un poumon vert qui lui rappelle les Buttes-Chaumont en plus petit. Ce havre de verdure, où les rires des enfants se mêlent au pas pressé des étudiants de la Cité universitaire toute proche, est devenu son refuge. Pourtant, la capitale française ne l'a pas séduite d'emblée.

« Au début, je détestais Paris, confie-t-elle d'une voix posée, sans fioritures, dans un café devant l'entrée du parc. J'ai compris plus tard que peu importe la ville où j'aurais atterri, je l'aurais haïe. Ce n'est pas Paris le problème. C'est que cette ville est le lieu de l'exil où ma vie a basculé. J'essaie de coexister avec cet environnement. »

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Un exil forcé, une renaissance

Nous la rencontrons un 9 juillet, jour anniversaire de son arrachement à la bande de Gaza. Une amère commémoration d'un exil forcé. En douze mois, Nour Elassy n'a pas seulement changé de continent, elle a changé de vie, emportant avec elle les spectres d'une tragédie collective qu'elle refuse de laisser dans l'oubli.

Installée à la Cité universitaire, elle poursuit des études à l'EHESS, tout en écrivant. Son recueil, « Ceci est ma maison », est un cri de résistance : « C'est absurde de devoir prouver que je suis une femme normale, qui aime vivre », lance-t-elle, dénonçant la déshumanisation des Gazaouis dans les discours médiatiques et politiques.

Une voix contre l'indifférence

Pour Nour, l'exil est une épreuve mais aussi un combat. Elle refuse de se taire face à ce qu'elle perçoit comme une indifférence générale. « Nous avons toujours été condamnés à l'urgence », ajoute-t-elle, en écho à la photographe Rehaf al-Batniji, autre figure de la diaspora gazaouie. Son témoignage s'inscrit dans une série de portraits d'artistes palestiniens exilés, qui tentent de maintenir vivante la mémoire de leur terre.

Entre les murs de l'université et les allées du parc, Nour Elassy tisse un nouveau lien avec la vie. Elle étudie, écrit, court. Chaque geste est une affirmation : malgré la distance, la vie continue, et la poésie reste une arme.

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