La traduction d'Eugène Onéguine par Vladimir Nabokov a provoqué une brouille célèbre avec son ami critique Edmund Wilson. Cette querelle, qui a marqué le monde littéraire, est revenue sur le devant de la scène à l'occasion d'un article publié dans Libération.
Une amitié fracturée par une traduction
Vladimir Nabokov, écrivain russe naturalisé américain, a entrepris une traduction littérale du chef-d'œuvre de Pouchkine, Eugène Onéguine. Cette traduction, publiée en 1964, se voulait extrêmement fidèle au texte original, au détriment de la fluidité poétique. Edmund Wilson, critique influent et ami de longue date, a vivement critiqué ce choix, déclenchant une polémique qui a mis fin à leur amitié.
Wilson, qui maîtrisait le russe, a reproché à Nabokov sa méthode de traduction, qu'il jugeait trop littérale et dépourvue de l'esprit de l'original. En retour, Nabokov a défendu son approche, affirmant que la traduction devait être un outil de travail pour les lecteurs ne connaissant pas le russe, et non une œuvre poétique.
Les détails de la querelle
La querelle a pris une tournure publique, avec des échanges acerbes dans des revues littéraires. Nabokov a même qualifié la critique de Wilson de "malveillante" et a souligné que sa traduction était accompagnée de notes explicatives très détaillées, couvrant plus de mille pages. Wilson, de son côté, a publié une critique cinglante dans The New York Review of Books, intitulée "The Strange Case of Pushkin and Nabokov".
Cette dispute a révélé des divergences profondes sur la conception de la traduction littéraire. Pour Nabokov, la précision sémantique primait sur la musicalité, tandis que Wilson défendait une approche plus esthétique. Leur amitié, qui durait depuis plus de vingt ans, n'a pas survécu à cette confrontation.
Un héritage durable
Malgré la brouille, la traduction de Nabokov est devenue une référence pour les études pouchkiniennes. Elle a été rééditée à plusieurs reprises et est toujours utilisée dans les universités. La querelle elle-même est devenue un cas d'école dans les cours de traduction, illustrant les enjeux théoriques et pratiques de cet exercice.
L'article de Libération rappelle que cette affaire a également eu un impact sur la carrière de Nabokov, qui a ensuite délaissé la traduction pour se consacrer à ses propres romans. Wilson, quant à lui, a continué à écrire des critiques, mais leur amitié n'a jamais été rétablie.
Une leçon pour la traduction littéraire
Cette histoire souligne l'importance des choix de traduction et leurs conséquences. Elle montre que la traduction n'est pas un acte neutre, mais un exercice d'interprétation qui peut engendrer des débats passionnés. Aujourd'hui encore, les traducteurs se heurtent à des dilemmes similaires, entre fidélité au texte et lisibilité pour le lecteur.
La querelle Nabokov-Wilson reste un exemple emblématique de la passion qui peut animer le monde littéraire. Elle nous rappelle que les œuvres classiques, comme Eugène Onéguine, continuent de susciter des discussions intenses, bien au-delà de leur contexte d'origine.



