Dans son dernier ouvrage intitulé Mon père ce gorille, l'écrivain et traducteur israélien Dory Manor propose un récit autobiographique d'une rare intensité. Publié aux éditions L'Antilope, ce livre de 224 pages explore la relation complexe entre l'auteur et son père, un rescapé de la Shoah. Manor mêle habilement mémoire familiale, fiction et réflexion sur l'identité, offrant une œuvre à la fois intime et universelle.
Un père marqué par l'histoire
Le père de Dory Manor, né en Pologne, a survécu à l'Holocauste et a immigré en Israël après la guerre. Ce traumatisme a profondément influencé sa personnalité et sa relation avec son fils. Manor décrit un homme distant, parfois brutal, dont le passé douloureux a façonné un caractère difficile. L'auteur confie : "Mon père était un survivant, et cela a imprégné chaque aspect de notre vie familiale."
Un titre symbolique
Le titre Mon père ce gorille fait référence à une métaphore que Manor utilise pour évoquer la force brute et l'impénétrabilité de son père. Le gorille devient un symbole de la puissance animale, mais aussi de la vulnérabilité cachée derrière une apparence robuste. L'auteur explique : "Le gorille est un animal puissant, mais aussi menacé, tout comme mon père, fort en apparence mais intérieurement brisé."
Un récit non linéaire
Le livre ne suit pas une chronologie classique. Manor entremêle souvenirs d'enfance, conversations imaginées avec son père défunt, et réflexions sur la transmission de la mémoire. Cette structure fragmentée reflète la difficulté de reconstituer un passé marqué par la perte et le silence. Selon l'éditeur, le récit "brouille les frontières entre réalité et fiction pour mieux approcher la vérité émotionnelle".
L'importance de la mémoire
Dory Manor, connu pour ses traductions de poésie française en hébreu, aborde ici la question de la transmission de la Shoah aux générations suivantes. Il interroge la manière dont les enfants de survivants portent le poids d'une histoire qu'ils n'ont pas vécue directement. L'ouvrage s'inscrit dans une lignée de récits sur la "génération d'après", aux côtés d'auteurs comme Art Spiegelman ou Serge Klarsfeld.
Une réception critique
Dès sa parution en France, Mon père ce gorille a reçu un accueil favorable de la critique. Le journal Le Point souligne la "puissance d'évocation" du texte et la "justesse du ton" de Manor. Le livre a été salué pour sa capacité à traiter un sujet grave avec une écriture poétique et sans pathos. Certains critiques y voient une contribution majeure à la littérature de la mémoire.
Un auteur aux multiples facettes
Né en 1967 à Tel-Aviv, Dory Manor est poète, traducteur et éditeur. Il a reçu le prix du Premier ministre pour ses œuvres poétiques. Sa traduction de Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire en hébreu est considérée comme une référence. Avec Mon père ce gorille, il explore pour la première fois le registre autobiographique, confirmant son talent pour mêler les genres.
Un livre qui résonne au-delà de l'histoire personnelle
Au-delà du récit filial, ce livre interroge la condition humaine face à la tragédie. Manor ne cherche pas à régler des comptes, mais à comprendre. Il écrit : "Je ne veux pas juger mon père, seulement le connaître, même après sa mort." Cette quête de sens donne au livre une portée universelle, touchant tous ceux qui cherchent à comprendre l'impact du traumatisme sur les relations familiales.



