Marjane Satrapi, autrice de la bande dessinée autobiographique Persepolis, est décédée à l'âge de 56 ans. Cette œuvre, qu'elle a adaptée au cinéma avec Vincent Paronnaud, a remporté deux César en 2008 (meilleur premier film et meilleure adaptation), un prix du jury à Cannes et une nomination aux Oscars. Elle y raconte la chute du Shah et l'instauration de la République islamique vues à travers ses yeux d'enfant puis d'adolescente, avec une sensibilité teintée d'humour.
Une femme d'expérience
Marjane Satrapi était une artiste complète, toujours en quête de nouveaux défis. Après le succès de Persepolis, elle se lance dans le cinéma en prises de vues réelles avec Poulet aux prunes, toujours en collaboration avec Vincent Paronnaud. « Je ne veux pas me laisser enfermer dans l'animation, je veux essayer des choses nouvelles », confiait-elle alors. Outre le cinéma, elle s'exprime par la peinture, l'écriture de chansons et, bien sûr, la bande dessinée, avec notamment l'album Broderies. Elle est élue membre de l'Académie des Beaux-Arts en 2024.
Son besoin d'expériences la pousse également à jouer un petit rôle de vendeuse de guitare dans Les Beaux gosses de Riad Sattouf, avant de se mettre en scène dans La Bande des Jotas, une comédie délirante sur une équipe de badminton qui se transforme en tueurs à gages. Elle aimait apprendre aux journalistes à réussir un « coup de boule » parfait pendant la promotion. Elle attire aussi des stars : Ryan Reynolds en tueur en série pour The Voices, Rosamund Pike dans le biopic de Marie Curie Radioactive, et Monica Bellucci pour Paris Paradis, son dernier film, qui aborde la mort avec douceur et amertume.
Une femme de cœur
Marjane Satrapi n'était pas du genre à se laisser impressionner. Elle refuse la Légion d'honneur en 2025 pour dénoncer « une attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l'Iran », tout en affirmant son amour profond pour la France, où elle vivait depuis 1994 et dont elle obtient la nationalité en 2026. Féministe convaincue, elle milite pour l'égalité des sexes en Iran et s'oppose farouchement aux extrémistes religieux.
Le décès de son époux Mattias Ripa en 2025 est un choc immense. Un communiqué annonce qu'elle est « morte de tristesse ». Leur fondation, créée par Marjane Satrapi en 2026 pour aider des étudiants étrangers à étudier le cinéma en France, perpétuera leur engagement. Son travail, auquel Mattias Ripa était associé comme producteur, acteur ou coscénariste, reste un pied de nez à la mort et à l'obscurantisme, et un témoignage éternel de leur union.



