Vous souvenez-vous des Douze travaux d’Astérix ? Rafraîchissons-nous la mémoire sur ses aventures cinématographiques. La soupe à l’arsenic, la maison qui rend fou, les légionnaires fantômes… Ce classique du cinéma d’animation français fête ses 50 ans, en même temps que la fondation du département animation de l’école Gobelins.
Ceci explique cela. Il fallait former des animateurs, métier peu pratiqué en Gaule dans les années 1970, pour faire tourner les studios Idéfix créés par René Goscinny et Albert Uderzo. C’est donc aux Gobelins que se sont réunis jeudi 28 mai des invités prestigieux pour célébrer l’occasion, en présence d’Anne Goscinny et Sylvie Uderzo, les filles des créateurs, aussi complices que leurs papas.
Une grosse colère et un beau studio
Les Douze travaux d’Astérix sont nés d’une colère et d’une déception. Goscinny et Uderzo avaient détesté Astérix le Gaulois de Ray Goossens, premier opus de la saga produit par les studios Belvision et sorti en 1967. Ils n’ont eu aucun contrôle sur ce film qui ne leur semble pas rendre justice à leurs personnages. René Goscinny pique une colère homérique dont il a le secret. « Mon père était plus discret mais pas content non plus », commente Sylvie Uderzo. Ils vont jusqu’à faire détruire La Serpe d’or, le prochain film prévu par Belvision et déjà presque terminé, tant ils le trouvent mauvais. Astérix et Cléopâtre (1968) est un premier pas dans la bonne direction mais ce n’est pas suffisant.
Vient alors la création des studios Idéfix en 1974, au logo inspiré du lion de la Metro Goldwyn Mayer et à la devise en latin « Delirant Isti Romani ! » (« Ils sont fous ces Romains ! »), auquel le parc Astérix rend hommage dans son attraction « Attention menhir ». « Je rêvais de venir participer au film en tant que “gouacheuse” car ça me fascinait de voir tous ces gens peindre avec leurs gants, se rappelle Sylvie Uderzo, mais ils ont refusé ma candidature. » Elle avait 20 ans au moment de la sortie du film.
« Avant de faire de la bande dessinée, mon père rêvait d’être animateur, explique Sylvie Uderzo. Chacune de ses cases semblait déjà en mouvement. » Le dessin animé lui semblait une évidence. Avec des complices comme leur éditeur Georges Dargaud, le scénariste Pierre Tchernia, le compositeur Gérard Calvi et Roger Carel (voix historique d’Astérix dès les premiers feuilletons radiophoniques inspirés de la BD), le duo s’est lancé dans l’aventure du studio que René Goscinny surnommait leur « danseuse ».
Grande nouveauté : ils décident de ne pas adapter un album mais d’écrire une histoire originale très librement inspirée des Douze travaux d’Hercule. Les Gaulois vont devoir accomplir des besognes jugées impossibles, entre Monty Python et mythologie, pour sauver leur village. Trois années de fabrication et près de deux cents personnes – dont vingt et un animateurs et quatre-vingt-cinq gouacheurs – seront nécessaires pour créer le film. Goscinny et Uderzo supervisent toutes les étapes de la création. La réussite est au niveau de leur implication.
Un gros succès et un bel héritage
Les Douze travaux d’Astérix connaissent un énorme succès en salle avec plus de deux millions d’entrées, ce qui était colossal à l’époque. C’est aujourd’hui encore l’un des films les plus diffusés à la télévision. « Mon plus beau souvenir est celui de mon père arrivant du fond de la salle pour présenter Les Douze travaux pour mon école, raconte Anne Goscinny. Quand le film suivant des studios Idéfix, La Ballade des Dalton, est sorti deux ans plus tard, il était décédé. Ma mère a souhaité faire une projection semblable et je me retournais en espérant le voir apparaître. Pour moi, Astérix sera toujours un mélange de rire et de larmes. » Caïus Pupus, personnage qui guide Astérix et Obélix, est inspiré du surnom que lui donnait son père.
Astérix est toujours là avec ses films et ses séries. Pas question de laisser faire tout et n’importe quoi, comme au temps d’Astérix le Gaulois. « Notre rôle est de veiller sur une œuvre que nous n’avons pas créée pour voir naître des œuvres que nous n’allons pas créer », commente Anne Goscinny pour décrire le travail que Sylvie Goscinny et elles assurent de concert. Au terme d’ayants droit, elles préféreraient celui « d’ayant-devoir » pour décrire un rôle où elles doivent souvent affirmer leur légitimité à défendre l’héritage de leurs pères. « Je crois qu’ils seraient fiers de voir la qualité d’animation actuelle et que leurs personnages sont toujours aussi aimés », déclare Sylvie Uderzo. Le Royaume de Nubie, qui sera en salle le 2 décembre prochain, confirme que le petit Gaulois n’a pas fini de taper sur les Romains. L’occasion de trinquer à la potion !



