Le Glouton de Tarare : un roman dévorant sur un phénomène historique
Le Glouton de Tarare : un roman historique dévorant

Le Glouton de Tarare : une figure historique ressuscitée par la littérature

Dans le paysage littéraire contemporain, un roman se distingue par son sujet aussi singulier que fascinant. « Le Glouton » d'A. K. Blakemore, traduit avec brio du l'anglais par Françoise Adelstain et publié aux éditions 10/18, plonge le lecteur dans l'existence extraordinaire d'un personnage historique méconnu.

Un héros hors norme né à Tarare

Pour ce phénomène alimentaire considérable, ce fondateur du merveilleux gastrique, aucun prénom n'est nécessaire. Un nom seul suffit, celui de la localité du Lyonnais où il serait né vers 1772 : Tarare. Ce nom résonne avec ces deux « a » en cascade qui évoquent l'ouverture, l'ouverture grande, si grande qu'elle menace d'avaler le monde entier. Taaraare !

Ce héros, tout sauf fictif, le Glouton éponyme du roman de l'écrivaine anglaise A. K. Blakemore (née en 1991), est un homme sans fond, un être exceptionnel. Il se place dans la lignée des personnages marginaux de la littérature, cousin de ceux créés par l'Américain William Lindsay Gresham dans Nightmare Alley (1946) ou de Grenouille, le héros du Parfum de Patrick Süskind (1986).

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Une existence dévorante

Tarare est un être polyphage capable d'engloutir absolument tout : d'un simple bouchon de liège à un chat vivant, d'une pelletée de terre à un enfant en bas âge. Dès son plus jeune âge, il est la proie d'une fringale permanente et insatiable qui le conduit à être chassé de sa famille paysanne.

Sa vie prend alors un tournant radical lorsqu'il devient la mascotte d'une troupe de baladins et de prostituées qui l'emmène à Paris. Là, dans la capitale, il exhibe sa fringale universelle, transformant son handicap en spectacle pour les masses curieuses.

De l'armée à l'hôpital : un appétit incontrôlable

Engagé dans l'armée pendant les guerres révolutionnaires, Tarare ne se contente jamais de la simple ration réglementaire. Il est contraint de quêter des suppléments dans les terrains d'ordures et autres rebuts, son estomac réclamant toujours plus de nourriture.

Son appétence légendaire pour l'engloutissement devenant de plus en plus célèbre, il est finalement dirigé vers un hôpital versaillais où les médecins tentent de modérer ses pulsions alimentaires. Le traitement ? Un impressionnant cocktail de laudanum et d'œufs à la coque, sans la moindre ironie dans la prescription.

Une fin tragique et une renaissance littéraire

Méprisant toute tentative de cure, Tarare complète son ordinaire en dévastant la morgue et en raclant les caniveaux à la recherche de nourriture. Son existence hors norme s'achève tragiquement en 1798, des suites d'une diarrhée tuberculeuse qui met fin à son parcours extraordinaire.

De cette histoire pleine de déglutition et de fureur, A. K. Blakemore a tiré un véritable régal de fiction. Son roman est une œuvre tout en violence charnelle, en étreintes poétiques et en dégustations verbales qui captivent le lecteur de la première à la dernière page.

Une narration à fleur de matière

Le récit nous est conté à fleur de matière, en pleine chair, sans égard pour la pudeur conventionnelle. On y écoute Tarare, l'omnivore, le boulimique, narrer sa vie à une nonne pudique, sœur Perpétue, qu'il chamboule profondément par ses crudités verbales et ses mains rôdeuses.

La traduction de Françoise Adelstain mérite des éloges particuliers. Elle parvient à restituer toute la puissance et la singularité du texte original, offrant aux lecteurs francophones une expérience littéraire complète et immersive.

Ce roman s'inscrit dans une riche tradition de traductions littéraires, aux côtés d'œuvres comme « Tous cambrioleurs » de P. G. Wodehouse, traduit par Josette Raoul-Duval aux Belles Lettres, ou « Frankenstein ou le Prométhée moderne » de Mary Shelley, dans sa version bilingue traduite par Alain Morvan pour Folio.

Le Glouton d'A. K. Blakemore est bien plus qu'un simple roman historique. C'est une exploration littéraire des limites du corps humain, une méditation sur la marginalité et une célébration de la singularité sous toutes ses formes. Une œuvre qui, une fois découverte, donne irrésistiblement envie d'en redemander.

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