Judith Lyon-Caen dévoile l'édition fasciste de Balzac
Judith Lyon-Caen et l'édition fasciste de Balzac

L'historienne Judith Lyon-Caen publie un essai intitulé Balzac en habits noirs, qui analyse une édition fasciste de La Comédie humaine parue dans l'Italie mussolinienne. Cette édition, commandée par le régime fasciste dans les années 1930, visait à instrumentaliser l'œuvre de Balzac à des fins de propagande.

Une édition au service du régime

L'édition en question, publiée par l'éditeur milanais Mondadori entre 1935 et 1938, comprend une préface de l'écrivain fasciste Curzio Malaparte. Celui-ci y présente Balzac comme un précurseur du fascisme, louant sa vision autoritaire de la société et son rejet de l'individualisme libéral. Selon Lyon-Caen, cette récupération s'appuie sur une lecture sélective de l'œuvre balzacienne, mettant en avant les aspects conservateurs et nationalistes.

L'essai de Lyon-Caen, qui paraît aux éditions du Seuil, s'appuie sur des archives inédites. Il montre comment le régime de Mussolini a utilisé la littérature pour légitimer son idéologie. « Cette édition est un outil politique qui transforme Balzac en un penseur de l'ordre et de la hiérarchie », explique l'historienne.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une instrumentalisation de la littérature

L'édition fasciste de La Comédie humaine ne se contente pas d'une préface idéologique. Elle modifie également le texte original, supprimant des passages jugés subversifs ou trop critiques envers le pouvoir. Lyon-Caen souligne que « la censure et la réécriture sont au cœur de cette entreprise de récupération ». Par exemple, les portraits de personnages juifs ou républicains sont édulcorés, tandis que les références à la monarchie sont amplifiées.

Cette manipulation textuelle a été rendue possible par la collaboration d'intellectuels italiens proches du régime. L'essai détaille le rôle de Malaparte, mais aussi celui de l'éditeur Mondadori, qui a accepté de financer le projet pour des raisons à la fois politiques et commerciales.

Un miroir des usages politiques de la littérature

L'étude de Lyon-Caen s'inscrit dans une réflexion plus large sur les usages politiques des classiques littéraires. Elle rappelle que Balzac a également été récupéré par d'autres régimes autoritaires, comme l'URSS stalinienne, qui voyait en lui un critique du capitalisme. « Chaque époque réinvente Balzac à son image », note-t-elle.

L'essai met en lumière les mécanismes de la propagande culturelle. Il montre comment un régime peut s'approprier un auteur pour légitimer son pouvoir, en déformant son œuvre. Pour Lyon-Caen, cette édition fasciste est « un cas d'école de l'instrumentalisation de la littérature ».

L'ouvrage, qui compte 320 pages, a été salué par la critique pour sa rigueur historique et son analyse fine des enjeux politiques. Il est disponible en librairie depuis le 4 juillet 2026.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale