On vous parle d’un temps que les moins de vingt ans (voire trente et plus) ne peuvent pas connaître. Mais dont ils ont forcément entendu parler - et qui vaut clairement le détour. Véritable institution dans les années 1990, le Club Dorothée a rythmé le quotidien des petits (et parfois des grands) pendant une décennie. À la clé ? Des programmes incontournables, hyper diversifiés, qui permettaient aux enfants de rester longtemps devant la télé (oui, c’était possible).
Le matin et le soir, avant et après l’école, et plus encore le mercredi, le week-end et pendant les vacances (tout le temps en fait), impossible de ne pas se ruer sur la TV cathodique (un gros machin sans télécommande). Et d’appuyer sur la première chaîne pour mettre les dessins animés (Dragon Ball, Dr Slump), écouter les nouveaux bangers dans Le Jacky Show (Roch Voisine, Mylène Farmer), ou mater des sitcoms comme les grands (Arnold et Willy, Punky Brewster).
Et si les enfants n’avaient pas fait (trop) de bêtises en semaine, le dimanche, c’était royal. À 10h30 tapante, devant leur bol de Smacks ou de Chocapic, ils se marraient devant Pas de pitié pour les croissants. Cette série humoristique mettait en scène les cinq animateurs du Club Dorothée. À l’occasion de la Journée nationale du petit-déjeuner, 20 Minutes a demandé à l’un d’entre eux, Jacques Jakubowicz, alias Jacky, de revenir sur ce programme iconique, où le croissant était bien évidemment roi.
C’était quoi le concept de l’émission ?
Ça s’appelait Pas de pitié pour les croissants uniquement parce qu’on passait le dimanche matin aux alentours de 10h, donc à l’heure du petit-déjeuner. C’était l’ancêtre de la sitcom avec des saynètes. On était tous costumés, Ariane, Corbier, Dorothée, Patrick et moi-même, et on faisait des sketchs. En plus de nous cinq, il y avait toujours une personnalité invitée.
Quels étaient les personnages récurrents ?
Il y en avait beaucoup. Je faisais, par exemple, le Savant Fou avec Ariane qui était mon assistante. Avec Dorothée, nous étions aussi déguisés en bébés. Avec Patrick, on se déguisait en femmes pour faire Marotte et Charlie. Ces personnages étaient présentés dans des pastilles qui intervenaient entre les saynètes. C’était vraiment ça l’esprit de Pas de pitié pour les croissants.
Quel est votre souvenir le plus marquant ?
Je me souviens d’un truc sympa avec Dick Rivers. On tournait deux épisodes dans la journée, donc on terminait souvent à 3h du matin avec d’énormes fous rires. Avec Dick Rivers, il devait être 2h du matin, et il n’arrivait plus à retenir son texte. Il ne lui restait plus qu’une scène à faire où il devait dire « Bonjour, je m’appelle tel personnage » et il n’y arrivait pas. Je lui ai dit qu’étant donné qu’il était en gros plan, j’allais mettre un post-it sur mon front et qu’il allait simplement lire la phrase. Ça a été le fou rire sur le plateau.
Vous attendiez-vous à un tel succès ?
Non, on ne s’y attendait pas, ni pour le Club Dorothée, ni pour Pas de pitié pour les croissants ou pour Le Jacky Show. On était dans une tour d’ivoire, on tournait jour et nuit, donc on ne se rendait compte de rien. Il n’y a pas de recette miracle pour une émission de télévision. Ça vient peut-être du fait qu’on se connaissait tous depuis longtemps, on se connaissait par cœur et on ne trichait pas devant la caméra. C’était aussi novateur, c’était un peu l’avant Robins des Bois. Et puis, c’était une synergie : il y avait le Club Dorothée, Pas de pitié pour les croissants et toutes les sitcoms dont Premiers Baisers ou Hélène et les Garçons.
Pourquoi avoir donné au croissant une place si importante ?
Étant donné que le programme était diffusé aux alentours de 10h, on prenait toujours le petit-déjeuner à la fin de la série. On était tous les six, nous et l’invité, et on mangeait des croissants. On avait aussi une manière particulière de démarrer l’émission avec un croissant entre les mains. On disait « Pas de pitié pour les croissants ! » et on retirait le croissant de la bouche. C’était emblématique, c’était une déconnade.
Un tel programme serait-il possible en 2026, alors qu’on recommande aujourd’hui de ne pas laisser les enfants manger devant la télévision ?
Oh, je pense. 10h du matin, le dimanche, c’est bien. Je pense que ça fonctionnerait. Il faudrait sans doute que ce soit autre chose, pas forcément ce qu’on faisait nous, mais ça pourrait être… Pas de pitié pour les pains au chocolat (rires).
Si vous deviez choisir entre Le Jacky Show et Pas de pitié pour les croissants ?
Je ne peux pas choisir. J’ai animé pas mal d’émissions et je les ai toutes aimées, sinon je ne les aurais pas faites. Je n’ai aucune préférence entre Le Jacky Show, Pas de pitié pour les croissants, le Club Dorothée, Les Enfants du rock, Platine 45 ou toutes les autres.
Finalement, vous êtes plutôt croissant ou pain au chocolat ?
Je suis plus croissant que pain au chocolat. Mais comme je suis relativement gourmand, je dois dire qu’un bon croissant c’est extrêmement rare. C’est le feuilletage qui doit être important, et malheureusement j’ai déjà mangé de mauvais croissants, notamment sur les tournages. Mais on était obligés de les manger (rires).
Ça vous évoque un souvenir particulier ?
J’ai été élevé par une mère juive ashkénaze qui m’a beaucoup couvé. Quand j’avais 15 ans, j’étais au collège, et elle venait me chercher avec des croissants. J’avais un peu honte, mais c’était ma maman. Je lui disais qu’elle pouvait venir me chercher mais en m’attendant sur le trottoir d’en face. Et j’avais mes deux croissants au goûter.
Êtes-vous revenu sur votre position radicale et envisagez donc désormais d’avoir pitié pour les croissants ?
Oui, avec l’âge et donc l’expérience, je suis revenu sur ma position radicale. Je dois l’avouer, j’ai désormais pitié pour les croissants… au beurre uniquement.



