George Sand, une force de la nature au XIXe siècle
George Sand, une force de la nature au XIXe siècle

À l'occasion de l'année George Sand, l'historienne Marie-Hélène Baylac signe une biographie flamboyante, enrichie des fonds de la BNF, sur la plus prolifique et moderne écrivaine du XIXe siècle. Dans un entretien, elle revient sur les multiples facettes de cette figure littéraire unique, entre légende et réalité.

Une double légende à nuancer

Entre « La bonne dame de Nohant » et ses romans champêtres, et l'amoureuse scandaleuse, difficile de sortir de la légende quand il s'agit de George Sand. Marie-Hélène Baylac reconnaît que ces deux images figées révèlent pourtant leur profondeur. Son mode de vie à Nohant, son goût pour le jardinage, son attirance pour la nature, pour les roches, les papillons, crédibilisent totalement sa légende de « bonne dame de Nohant » auteure de romans campagnards. À ce titre, son livre La Petite Fadette est vraiment l'écho de ce Berry profond dont elle adorait le folklore.

De la même manière, son image d'amoureuse scandaleuse, elle l'a toujours justifiée en expliquant que si elle avait eu beaucoup d'hommes, c'est parce qu'elle cherchait celui qui lui convenait et que d'ailleurs, sa liberté n'avait fait de mal à personne. Il y a une certaine fraîcheur dans la manière dont elle a parlé de sa vie amoureuse. À sa mort, le 8 juin 1876, Victor Hugo l'a appelée « La grande femme ».

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Une place unique en son temps

Pourquoi a-t-elle eu une place unique en son temps ? Elle a été, d'abord, la seule grande figure littéraire féminine du XIXe siècle et un témoin privilégié de son temps. Elle a connu l'Empire, les deux Restaurations, les Révolutions de 1830 et de 1848, puis les débuts hésitants de la République. Et elle écrit sur tout cela, prenant à bras-le-corps les problèmes de son époque. Il est vrai qu'au départ, si elle devient célèbre c'est parce qu'elle fait scandale avec ses costumes d'homme et ses cigares, et qu'elle s'empare de la cause des femmes, même si elle n'est pas la seule. Ses amours avec Musset, puis Chopin défrayent la chronique.

Et puis elle a énormément écrit : 70 romans, 20 pièces de théâtre. Pour Marie-Hélène Baylac, George Sand était « une force de la nature ». Elle a inondé la France de ses publications, négociant même à la fin des contrats avec Hachette pour que ses romans soient vendus en gare. Donc, son œuvre était extrêmement connue. En 1864, lors de la première de sa pièce Villemer à l'Odéon, il y a une foule énorme, l'Empereur et le gouvernement se sont déplacés, et les étudiants, venus en masse, la ramènent en triomphe chez elle après la représentation. C'était une vedette, George Sand !

Une curiosité insatiable et un idéalisme réaliste

Vous insistez sur sa passion de la vie. C'est cette curiosité insatiable qui la définit le mieux ? Absolument, c'est une femme qui s'intéresse à tout, et à tous. Elle est capable de discuter de la même façon avec Louis Napoléon Bonaparte ou des paysans du Berry. Sa correspondance qui compte 25 volumes, dont certains font 1 000 pages, témoigne de sa soif permanente d'échanges. C'est une force de la nature, elle a un rythme de vie extrêmement rude : elle travaille la nuit quand tout le monde va se coucher, elle fait les cours à ses enfants, s'occupe de son domaine, voyage beaucoup et adore recevoir. Sa maison de Nohant est toujours pleine d'amis berrichons, d'intellectuels, d'écrivains, de peintres… À Nohant, il y a un bouillonnement culturel incessant.

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Anticléricale, mais croyante, pionnière du féminisme mais opposée au droit de vote des femmes… Pour vous, George Sand est une « idéaliste réaliste » ? Elle est à la fois pragmatique et réaliste. Elle a des idéaux politiques, elle rêve d'une République où tous les hommes seraient égaux, mais en même temps, elle sait que cela ne se fera pas en un jour. Et elle l'admet. De la même façon, bien que farouchement féministe, elle estime qu'il ne faut pas donner le droit de vote aux femmes tant qu'elles n'auront pas l'égalité dans le couple qui leur permettra de voter librement. « Procédons dans l'ordre », dit-elle. Il y a chez elle, sur beaucoup de sujets, un bon sens terrien qui la pousse à la mesure. Elle dit d'ailleurs « Soyons révolutionnaires, mais pas terroristes ». Au fond, c'est une optimiste, convaincue que la marche de l'homme ne peut se faire que vers un monde meilleur, mais qu'il faut savoir accepter qu'il y ait des reculs au milieu des avancées.

Une entrée méritée au Panthéon ?

George Sand a-t-elle sa place au Panthéon ? La question refait surface alors qu'on commémore cette année les 150 ans de la mort de l'écrivaine. Une pétition en ce sens a été lancée en février dernier à l'initiative du comité de soutien à George Sand, présidé par Juliette Binoche. Marie-Hélène Baylac, sa biographe, l'a signée sans hésiter. « Je suis totalement pour », dit-elle. « Hugo ou Dumas y sont bien alors pourquoi pas elle ? Outre ses prises de position courageuses en faveur du droit des femmes et de la République, c'est une femme consensuelle dotée de bon sens. Ce serait un bon signal ».

L'ouvrage George Sand – La passion de la vie, aux éditions Perrin / Bibliothèque nationale de France, est disponible au prix de 25 euros, 256 pages.