Dimitri Delmas réhabilite le Facteur Cheval dans un livre
Dimitri Delmas réhabilite le Facteur Cheval dans un livre

L'auteur et illustrateur Dimitri Delmas, originaire de Marvejols en Lozère, publie un ouvrage intitulé "J'avais bâti dans un rêve, un palais" aux éditions Actes Sud. Ce récit empathique et poétique redonne vie aux espoirs et aux épreuves de Ferdinand Cheval, le créateur du Palais idéal à Hauterives, dans la Drôme.

Un intérêt de longue date pour le Facteur Cheval

Dimitri Delmas explique que son intérêt pour Ferdinand Cheval remonte à plusieurs années. "Son œuvre porte en elle une démesure et une fantaisie qui m'a toujours séduit", confie-t-il. "Depuis sa mort en 1924, Ferdinand Cheval est une source d'inspiration pour les artistes. J'ai voulu revenir à l'homme, le resituer dans son milieu, sa région et son époque pour mieux éclairer son originalité et sa modernité."

Selon Delmas, en cette fin de XIXe siècle qui fait l'apologie des machines et du progrès comme moteur de l'histoire, Ferdinand Cheval célèbre à sa façon la richesse du monde vivant. "Le carburant de son palais vient beaucoup de ses interminables tournées de facteur de plus de trente kilomètres, sept jours sur sept, par tous les temps, dans la Drôme des collines", précise-t-il. "Il me semblait important de le suivre dans les difficultés de sa vie et de le sortir du mythe de l'homme fou ou inculte."

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La genèse du Palais idéal

En 1879, à l'âge de 43 ans, Ferdinand Cheval commence la construction de son Palais idéal. L'idée lui est venue au cours de ses longues marches. "Mais c'est en chutant sur un gros caillou, « sa pierre d'achoppement », qu'il passe du rêve à la réalisation", raconte Delmas. Libéré de ses scrupules paralysants, il pose alors sur un terrain vague près de Hauterives la première pierre de cette construction unique, entre sculpture et architecture, avec laquelle il va donner corps à ses rêves et à ses souffrances.

En 1879, Ferdinand Cheval est un homme en deuil, ayant perdu sa première femme et son fils aîné. Incapable d'élever son deuxième enfant faute d'argent, il a dû le confier à un proche. "Ce palais, c'est aussi ça : un projet de reconstruction, une manière d'affronter les épreuves", souligne Delmas. "Il n'y a aucune folie chez lui, mais un élan créateur qui s'appuie sur l'imagination et la volonté."

Une œuvre de la nuit et de la persévérance

Le Palais idéal est le travail d'un homme seul durant plus de trois décennies. Delmas raconte les nuits d'orage que Cheval essuie et où il craint pour son palais encore en chantier, qu'il va devoir remodeler. "C'est un homme qui dort peu et la nuit, à la lueur des lampes à huile, après ses longues tournées de facteur, il pioche, il bâtit, il sculpte", décrit l'auteur. "C'est en cela que son palais est une œuvre de la nuit, de l'inconscient, de la marge." Cette dimension a bouleversé les surréalistes comme André Breton, Paul Eluard ou Pablo Picasso.

Un palais-monde célébrant la nature et la résilience

Sur le plan artistique, le Palais idéal est construit sans aucune règle d'architecture, s'appuyant sur le recyclage, le collage et la citation. Ferdinand Cheval célèbre la nature, la vie, les animaux et la résilience. Il convie dans son monde les religions, mythes et croyances les plus diverses, de l'Inde, de l'Asie, du monde catholique ou musulman, des druides ou des Celtes. "Avec ce palais des ubiquités, on est vraiment dans un rêve de l'unité humaine", estime Delmas.

Ferdinand Cheval n'a jamais voyagé au-delà de Lyon. Sa seule fenêtre sur l'ailleurs a été les revues illustrées, comme Le Magasin pittoresque, auxquelles il était abonné. "C'est sans doute ce qui lui a permis de développer un imaginaire qui n'était pas modelé par les logiques marchandes ou coloniales de son temps", conclut Delmas.

L'ouvrage "J'avais bâti dans un rêve un palais" est publié chez Actes Sud, 192 pages, au prix de 19,90 €.

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