René Goscinny, créateur d'Astérix et du Petit Nicolas, aurait eu 100 ans ce 14 août 2026. Sa fille, Anne Goscinny, femme de lettres, revient sur cette célébration, les raisons de l'engouement populaire intact et le retour en librairie du Petit Nicolas le 8 octobre prochain.
Un centenaire célébré avec émotion
Anne Goscinny, gardienne de l'œuvre de son père, explique qu'il aurait été « très étonné » de voir une telle pérennité. « Quand mon père et Albert Uderzo ont créé Astérix, c'était juste pour faire rire. S'ils avaient imaginé une telle longévité, cela les aurait peut-être paralysés ! » confie-t-elle. Elle souligne que ses héros étaient déjà célèbres à sa mort en 1977, mais qu'il n'aurait pas imaginé les films, les parcs d'attractions, dont un doit ouvrir prochainement en Allemagne, et une renommée mondiale. « Lui qui rêvait devant Walt Disney a finalement atteint une notoriété assez similaire », ajoute-t-elle.
Un engouement qui traverse les générations
Anne Goscinny attribue cet engouement à une raison structurelle : contrairement à Hergé, son père a toujours travaillé en binôme, ce qui a permis à l'aventure de continuer après sa mort. Mais surtout, elle évoque la portée universelle des histoires. « Astérix est traduit en 130 langues parce que cette notion de résistance résonne en chacun de nous », dit-elle. Elle insiste sur l'absence de morts dans son œuvre : « Il n'y a aucun mort. Les Romains se prennent des baffes mais ils reviennent, les bandits échouent mais ne meurent pas. » Elle rappelle que son père avait ressuscité les Dalton, pendus par Maurice, en les remplaçant par leurs cousins, et que cette œuvre est « à mettre entre toutes les mains, de 7 à 77 ans ».
Un drame familial transformé en optimisme
Derrière l'optimisme, Anne Goscinny rappelle le lourd passé familial, avec des proches décimés par la Shoah et les pogroms. « Le rire l'a habité dès sa naissance », dit-elle, mais il était d'une timidité maladive et d'une grande anxiété. Sa grand-mère lui racontait : « J'ai survécu aux nazis pour le seul bonheur de te tenir dans mes bras. » Une charge que son père a métamorphosée « en un élan d'optimisme et de générosité pour le public ».
Le retour du Petit Nicolas
Anne Goscinny, qui a reçu le prix jeunesse de l'Académie française, annonce le retour du Petit Nicolas, le seul personnage co-créé par son père qui n'avait pas survécu après sa disparition et celle de Sempé. Avec l'auteur et éditeur Jean-Philippe Arrou-Vignod, elle a coécrit 12 histoires inédites qui sortiront le 8 octobre. C'est Fursi Tessier, directeur artistique du film d'animation sur le Petit Nicolas (Cristal d'Annecy 2022), qui a repris le pinceau de Sempé. « Nous y avons mis tout notre cœur », assure-t-elle.
Pour ce 14 août, elle est dans sa maison du Sud, entourée de 23 de ses plus proches amis et de sa famille. Son message pour son père : « Qu'il continue de me guider pour protéger et pérenniser son œuvre. »



