Dans un entretien accordé au Point, le célèbre écrivain roumain Mircea Cartarescu a plaidé pour le maintien d’une identité littéraire européenne forte. Selon lui, malgré les tensions politiques et les différences culturelles, la littérature reste un vecteur essentiel d’unité et de dialogue entre les nations du continent.
Un appel à l’unité par les lettres
« Il ne faut surtout pas renoncer à l’idée d’une Europe littéraire », a affirmé Cartarescu, auteur de Solenoïde et Le Levant. Il estime que la littérature transcende les frontières et permet de créer des ponts entre les peuples. « Les grands textes ne connaissent pas de douane », a-t-il ajouté, citant des exemples comme Kafka, Borges ou Calvino, qui appartiennent à tout le continent.
Cartarescu, souvent pressenti pour le prix Nobel, a rappelé que l’Europe a toujours été un creuset d’échanges littéraires, de l’Antiquité à nos jours. « Sans cette circulation des idées, notre culture serait appauvrie », a-t-il insisté.
Un contexte de fragmentation
La déclaration de Cartarescu intervient dans un contexte de montée des nationalismes et de remise en cause des institutions européennes. Selon une étude récente du Pen Club, le nombre de traductions d’œuvres littéraires entre langues européennes a baissé de 15 % depuis 2010, signe d’un repli inquiétant.
L’écrivain roumain a souligné que cette tendance est dangereuse : « Rejeter l’autre, c’est s’appauvrir soi-même. La littérature nous apprend l’empathie et la compréhension mutuelle. » Il a appelé les gouvernements à soutenir davantage les programmes de traduction et les résidences d’écrivains.
Le rôle des grands auteurs
Cartarescu a évoqué l’importance de figures comme Milan Kundera ou Umberto Eco, qui ont incarné une Europe littéraire sans frontières. « Ces auteurs ont montré que l’on peut être profondément enraciné dans sa culture tout en étant universel », a-t-il déclaré.
Interrogé sur son propre travail, il a confié que son écriture est nourrie par les influences de toute l’Europe, de Proust à Dostoïevski. « Je me sens plus proche d’un écrivain allemand ou italien que de certains compatriotes qui ignorent la littérature mondiale », a-t-il plaisanté.
Un message d’espoir
Malgré les difficultés, Cartarescu se dit optimiste. « La jeune génération est avide de découvertes littéraires. Les réseaux sociaux, malgré leurs défauts, permettent aussi de partager des textes au-delà des barrières linguistiques. » Il a cité l’exemple des clubs de lecture en ligne qui rassemblent des lecteurs de toute l’Europe.
« Renoncer à l’idée d’une Europe littéraire serait une trahison de notre héritage commun », a-t-il conclu. « Chaque livre traduit est un pas de plus vers une véritable union culturelle. »



