L'écrivain Léo Henry et la cheffe Ruba Khoury s'attaquent à une institution française : le cocktail. Dans un ouvrage commun, ils dénoncent l'image élitiste et excluante du cocktail en France, et prônent un retour à une convivialité plus ouverte et métissée.
Un cocktail trop souvent réservé à une élite
Selon Léo Henry, auteur de plusieurs romans et essais, le cocktail en France est perçu comme un marqueur social. « Tel qu'il est perçu en France, le cocktail est excluant », explique-t-il. « Il est souvent associé à des lieux luxueux, à des codes vestimentaires stricts et à une maîtrise technique qui intimide. » Cette perception, selon lui, éloigne une grande partie de la population de cette expérience gustative.
Ruba Khoury, cheffe d'origine libanaise installée à Paris, partage ce constat. Elle souligne que la culture du cocktail en France est trop souvent figée dans des traditions qui ne laissent pas de place à la diversité. « On pense au cocktail comme à une boisson sophistiquée, réservée à une certaine classe sociale. Mais dans d'autres cultures, le cocktail est un moment de partage, de fête, accessible à tous », affirme-t-elle.
Une proposition de cocktail métissé et inclusif
Pour contrer cette tendance, le duo propose un « cocktail métissé », qui puise dans les traditions du monde entier. Leur livre, intitulé « Cocktail : une histoire de métissage », explore les origines diverses des cocktails et propose des recettes qui mêlent influences asiatiques, africaines, latino-américaines et moyen-orientales. « Le cocktail a toujours été un métissage, un mélange de cultures. Il faut revenir à cette essence », insiste Henry.
Parmi les recettes phares, on trouve un « Spritz libanais » à base d'arak et de sirop de grenade, ou un « Punch antillais » revisité avec des épices indiennes. L'objectif est de montrer que le cocktail peut être un vecteur d'inclusion et de découverte culturelle.
Un appel à la diversité dans la mixologie
Ruba Khoury appelle également à une plus grande diversité dans le monde de la mixologie. « Aujourd'hui, les grands bartenders sont souvent des hommes blancs, formés dans des écoles prestigieuses. Il faut ouvrir la profession à d'autres profils, d'autres origines », déclare-t-elle. Selon elle, cela passe par une remise en question des codes établis et une valorisation des savoir-faire traditionnels.
Léo Henry abonde : « Le cocktail est un art populaire, il doit rester accessible. On peut faire un bon cocktail avec des ingrédients simples, sans forcément avoir un matériel sophistiqué. » Le duo espère ainsi démocratiser la pratique et encourager chacun à expérimenter chez soi.
Un mouvement plus large de réappropriation culinaire
Cette initiative s'inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation de la gastronomie par des voix diverses. De plus en plus de chefs et d'auteurs remettent en question les canons culinaires français, jugés trop rigides. « La gastronomie française a beaucoup à gagner à s'ouvrir aux influences extérieures », estime Ruba Khoury. « C'est une richesse, pas une menace. »
Le livre, préfacé par le critique gastronomique François-Régis Gaudry, a déjà suscité des débats dans les milieux de la mixologie. Certains puristes critiquent cette approche, mais le duo reste confiant. « On ne veut pas imposer une vision, mais proposer une alternative. Le cocktail doit être un plaisir pour tous, pas un signe de distinction », conclut Léo Henry.



