Il faut traverser plusieurs kilomètres de vignes pour atteindre la porte des enfers, traîner les pieds dans la poussière, supporter la chaleur sous un tee-shirt noir. À l’arrivée, les festivaliers du Hellfest ont bien mérité une pinte de vin sec. Sur ce site, le muscadet se boit comme une bonne bière : directement au pichet.
Un vin local plébiscité par les metalleux
Ce n’est pas Cyril et Vincent qui diront le contraire. Les deux fans de metal ont attendu une bonne dizaine de minutes accoudés au bar avant de se délecter du fameux breuvage. « C’est bon, c’est frais, c’est le Hellfest ! », lâche Cyril après sa première gorgée. Au total, « plus de 22 000 litres de vin » ont été préparés spécialement pour l’événement. Une goutte d’eau en comparaison aux 500 000 litres de bière estimés. Des quantités qui ont de quoi faire tourner la tête.
Le muscadet, roi des pauses
Sur les 22 000 litres de vin, « 90 % de muscadet », annonce Gwenaël Heraud, vigneron clissonnais. Sa famille a été sollicitée en 2006 pour la toute première édition afin de ravitailler les fans. « À Clisson, les vignerons ont toujours été au cœur du festival, se souvient celui qui était encore au collège aux débuts du Hellfest. Plus l’événement a pris de l’ampleur, plus la demande en muscadet a augmenté. » Un vin local, produit dans les vignobles visibles depuis le site, qui conquiert chaque année sa part de metalleux.
« C’est simple, maintenant quand j’ouvre une bouteille de muscadet, la première gorgée me ramène au Hellfest », raconte Cyril, originaire de la région Grand-Est. « Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un passage obligé quand j’arrive ici, mais presque », confie l’habitué.
Pour Pascal et Jordy, père et fils, c’est une première. Alors le protocole doit être respecté. On hume, on tourne, on sirote. Verdict : « Un délice ! » Pour les amateurs de concerts, il n’était pas question de passer à côté de la boisson locale. « Il y a ce petit côté embourgeoisant dans le fait de se promener avec son muscadet », s’amuse Pascal.
Une consommation différente de la bière
Au Hellfest, si l’écocup pleine de blonde se consomme directement dans la foule, au contact des corps gluants, le blanc, lui, se déguste à l’ombre « au moment de faire une pause », décrit Gwenaël Heraud. Le vin, c’est aussi une question d’horaire : « les festivaliers ont le réflexe de se diriger vers le muscadet ou le rosé quand vient l’heure de manger, appuie le vigneron. Nous ne sommes pas sur la même typologie de consommation, le muscadet, ça a plus de charme que la bière. »
Modération et prévention
Pour les plus téméraires, le muscadet est vendu à la pinte, voire au pichet. Pour d’autres, comme Vincent, les 17 centilitres suffisent. « Avec cette chaleur, mieux vaut rester prudent, le vin blanc, ça tape ! » Pascal et Jordy se contenteront d’un demi chacun mais s’en vont au prochain concert « conquis ». « Habituellement, en festival, on a le choix entre deux sortes de bières, alors forcément au Hellfest, on a envie de tout goûter », lance Pascal. « Une telle proposition de vin sur un événement musical, je ne suis pas sûre que ça existe ailleurs en France », appuie Gwenaël Heraud.
Oui mais. « Lié la musique à l’alcool, c’est un vrai sujet », pointe Franck Lecas, responsable juridique à Addictions France, qui regrette que la consommation d’alcool soit encore systématiquement associée à des moments de festivités. « Battre des records de litres de vin ou de bière, ce n’est pas le bon signal à envoyer. » Alors au Hellfest, boire local c’est bien, boire de l’eau c’est encore mieux.



