Le carnaval de Nice lance sa 151e édition avec une révolution symbolique
Samedi, les rues de Nice ont vibré au rythme du célèbre carnaval, dont l'édition 2024 s'ouvre sur une innovation majeure : pour la première fois depuis sa création moderne en 1873, la Reine du carnaval est aussi imposante que le Roi et prend la tête des défilés. Cette décision artistique forte place résolument cette quinzaine festive sous le signe de la féminité et du renouveau des symboles traditionnels.
Une Reine en première ligne : un message fort pour le carnaval
« La Reine est aussi grande que le Roi et elle passe désormais en premier lors de tous les défilés », explique avec enthousiasme Caroline Constantin, la directrice artistique du festival. Elle désigne le char majestueux où trône la souveraine de plusieurs mètres de hauteur, tenant dans sa main un crapaud qui représente le futur prince consort. Cette inversion des rôles traditionnels n'est pas anodine : elle s'inscrit dans une volonté délibérée de « titiller là où ça fait mal » et de délivrer des messages sociétaux à travers la fête.
Le carnaval de Nice conserve son ADN festif et coloré, s'adressant à un public intergénérationnel, mais assume pleinement sa dimension engagée. Plusieurs chars illustrent cette démarche : l'un dénonce avec force les violences faites aux femmes, tandis que d'autres rendent un vibrant hommage aux femmes scientifiques ou aux artistes iconiques comme Frida Kahlo. La Carnavalina, grand défilé populaire, a pris son départ en début d'après-midi depuis la basilique Notre-Dame pour rejoindre la mythique promenade des Anglais, précédant le traditionnel corso nocturne.
Des hommages variés aux figures féminines
Dans les rues niçoises, près de 38.000 personnes, selon les estimations municipales, ont assisté à un défilé particulièrement joyeux et bruyant. Les associations et groupes artistiques ont multiplié les références aux femmes : des petites filles des quartiers Nord déguisées en « working girls » avec tailleur et Borsalino à paillettes côtoient d'autres enfants habillées en Catherine Segurane, l'héroïne locale qui défendit la ville au XVIe siècle lors du siège de Nice par les troupes franco-turques.
Cristou Daurore, vice-président de l'association culturelle Nissa Pantaï, participe lui-même à cette célébration en se travestissant en Catherine Ségurane, une fausse poitrine et du rouge à lèvres, brandissant le fameux battoir de lavandière avec lequel la légende dit qu'elle repoussa les envahisseurs. « Pour la première fois, c'est une femme, une 'palhassa', que les enfants vont faire sauter en l'air avec un grand drap », s'amuse-t-il, soulignant ainsi l'évolution des traditions carnavalesques.
Les limites d'une féminisation et les traditions préservées
Malgré cette mise en avant historique des femmes, certaines traditions demeurent immuables. Caroline Constantin précise ainsi que ce n'est pas la Reine qui sera brûlée le 28 février à la clôture des festivités, mais bien le Roi lui-même. « Brûler une femme, cela aurait été très violent, donc on va brûler le Roi », justifie la directrice artistique, montrant que l'évolution des symboles s'accompagne d'une réflexion sur leur portée.
Pendant les deux semaines du carnaval, le public pourra profiter de plusieurs corsos en soirée ainsi que des traditionnelles batailles de fleurs en journée. Un village du carnaval et une exposition photo originale complètent le programme : cette dernière présente des femmes engagées de tous horizons qui ont accepté de poser, vêtues simplement d'un bonnet phrygien et d'une écharpe tricolore, pour un hommage contemporain à « Marianne ».
Une fréquentation record en perspective
L'édition 2024 s'annonce particulièrement prometteuse en termes d'affluence. L'an dernier, le carnaval de Nice avait déjà battu ses records avec 400.000 visiteurs sur la quinzaine, dont 240.000 pour les seuls défilés. « Les premiers chiffres de la billetterie montrent qu'on est en avance par rapport à l'an dernier », indique un porte-parole de la ville, laissant présager une nouvelle performance pour cet événement phare de la Côte d'Azur qui continue d'évoluer tout en honorant son riche patrimoine festif.



