Klavdij Sluban expose ses solitudes insulaires à l'abbaye de La Celle
Solitudes insulaires de Klavdij Sluban à l'abbaye de La Celle

L'abbaye de La Celle accueille jusqu'au 1er novembre 2026 l'exposition « Solitudes insulaires » du photographe Klavdij Sluban, dans le cadre des Rencontres d'Arles hors les murs. L'artiste y dévoile deux séries réalisées aux îles Kerguelen et dans le nord du Japon, liées par une même réflexion sur l'enfermement et les territoires hostiles.

Un autoportrait manchot aux Kerguelen

La série consacrée aux Kerguelen, intitulée « Solitudes insulaires », a été réalisée lors d'un séjour de trois mois sur l'archipel de l'océan Indien, de janvier à avril 2012. Klavdij Sluban y a capturé l'essence de ces terres volcaniques et telluriques aux conditions climatiques extrêmes. L'une des photographies, montrant un manchot solitaire sur un sol craquelé face à l'océan, est présentée comme un autoportrait. « Ces manchots vivent en général en famille de 100 000 manchots, voire plus. Et soudain, il y en a un qui décroche et qui s'en va. Et on s'est reconnus tout de suite », confie le photographe.

Sluban, qui a reçu le prix de la photographie de l'Académie des beaux-arts, la Villa Médicis hors les murs et le Leica Award, a fait de l'enfermement un fil conducteur de son travail. Il a notamment travaillé avec de jeunes détenus à Fleury-Mérogis et dans des camps disciplinaires de l'ex-Union soviétique. Les Kerguelen, surnommées « îles de la Désolation », situées à 3 500 km des premières terres habitées, prolongent cette réflexion sur la contrainte géographique et environnementale.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Du réfectoire au dortoir : deux séries en dialogue

Au rez-de-chaussée de l'abbaye, dans le réfectoire, les photographies des Kerguelen sont exposées. Sluban souligne la difficulté technique de ces prises de vue : « C'est un vrai casse-tête, parce que vous avez en permanence un ciel très lumineux et un sol très sombre. » Le résultat, en noir et blanc, offre des contrastes saisissants. L'artiste se dit « très touché par ce lieu, un lieu impressionnant », et plaisante : « Si d'ailleurs le Département commande une série de photos pour raconter l'abbaye, je dirai oui sans réfléchir. »

À l'étage, dans le dortoir, l'exposition bascule vers le Japon. Sluban explique la continuité avec les Kerguelen : « Il y a une spiritualité dans ces lieux. Mais quand on arrive au Japon, ce n'est pas ce que l'on voit en premier. Les trois quarts du territoire sont inhabitables. » Pour cette série, il s'est inspiré du poète du XVIIe siècle Matsuo Bashō, dont il a suivi les « divagations » en parcourant 500 km à pied dans le nord de l'archipel, la région la plus dépeuplée. Il y confronte « la présence du monde moderne à une nature sculpturale et éternelle », jouant avec la neige, un élément récurrent dans son travail.

Portraits et neige : la quête de l'invisible

Dans cette série japonaise, Sluban a également réalisé des portraits, toujours avec un pas de côté. « Dans un premier temps, il y a l'image qu'on veut donner et doucement on rentre en soi. Mon idée d'un portrait est d'aller chercher la psychologie de la personne. Pour moi, c'est une toile blanche. Peu m'importe leur vie ; ce qui m'intéresse, c'est la puissance qu'ils ont en eux et dont ils n'ont pas conscience. »

La pièce maîtresse de la salle est une photographie du torii de l'île de Miyajima, prise alors que la neige tombait à gros flocons. Sluban raconte : « Pour moi, une bonne photo, c'est une photo avec de la neige ! » Il s'est rhabillé, a pris son appareil sans regarder dans le viseur ni mesurer la lumière, « au feeling ». Le résultat montre un torii flottant sous une neige tourbillonnante, mystique. « Je ne regarde pas dans le viseur, je ne mesure pas la lumière. Je fais au feeling. Et en rentrant, je découvre ce que j'ai pris », explique-t-il.

Une approche artistique assumée

Klavdij Sluban revendique une approche personnelle de la photographie, loin du documentaire pur. « On me traite d'artiste, car je ne suis pas assez bon pour faire des photos où l'on va reconnaître le sujet. Ici, ce ne sont pas les Kerguelen que vous voyez ; ça a été fait aux Kerguelen, mais c'est autre chose. C'est ma vision, mon ressenti », déclare-t-il. Cette liberté lui permet de « n'avoir aucune mauvaise conscience à ne pas montrer ce qu'il aurait fallu montrer ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

L'exposition « Solitudes insulaires » est visible du 26 juin au 1er novembre 2026 à l'abbaye de La Celle, du mardi au dimanche de 10 h à 18 h 30, avec entrée libre.