Rencontres d'Arles : Nan Goldin célèbre la beauté et la vie
Rencontres d'Arles : Nan Goldin, ode à la beauté

Jusqu'au 28 septembre 2025, les Rencontres d'Arles accueillent une exposition majeure de Nan Goldin, intitulée « Ne jamais tomber amoureux d'une fille qui pleure ». L'artiste américaine de 71 ans y déploie une ode à la beauté et à la vie, malgré les épreuves. L'exposition rassemble plus de 300 œuvres, dont des tirages récents et des installations vidéo, dans l'église des Frères-Prêcheurs.

Une rétrospective intime et politique

Nan Goldin, figure emblématique de la photographie documentaire, livre ici une œuvre qui traverse les décennies. Ses clichés, souvent pris dans l'intimité de ses proches, abordent des thèmes universels : l'amour, la perte, la dépendance. L'exposition arlésienne met en lumière son combat contre l'addiction aux opioïdes, après sa dépendance à l'OxyContin. « La photographie m'a sauvé la vie », confie-t-elle dans un entretien au Point. « Sans elle, je serais morte. »

L'accrochage inclut des séries célèbres comme « The Ballad of Sexual Dependency », mais aussi des œuvres inédites réalisées pendant la pandémie de Covid-19. Goldin y explore la solitude et la résilience, avec des autoportraits poignants. « Je voulais montrer que la beauté existe même dans les moments les plus sombres », explique-t-elle.

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Un engagement contre la crise des opioïdes

L'artiste ne cache pas son militantisme. Fondatrice du groupe PAIN (Prescription Addiction Intervention Now), elle lutte contre la surprescription d'opioïdes par les laboratoires pharmaceutiques. L'exposition présente une salle dédiée à ce combat, avec des documents et des photographies de manifestations. « Nous avons réussi à faire retirer des médicaments du marché, mais le combat continue », déclare-t-elle.

Cette dimension politique s'inscrit dans une démarche artistique où le personnel devient politique. Goldin photographie ses amis, souvent marginalisés, avec une tendresse qui défie les normes. « Mon travail est un acte de résistance contre l'effacement », affirme-t-elle.

Un dialogue avec la ville d'Arles

Les Rencontres d'Arles, festival de photographie de renom, offrent un écrin à cette exposition. La ville, avec son patrimoine romain, contraste avec l'univers urbain et nocturne de Goldin. Le commissaire de l'exposition, Matthieu Humery, souligne : « Nan Goldin apporte une lumière crue sur la condition humaine. C'est une artiste essentielle de notre temps. »

L'exposition a attiré plus de 15 000 visiteurs en un mois, selon les organisateurs. Un chiffre qui témoigne de l'engouement pour cette artiste dont la notoriété dépasse le cercle de l'art contemporain. Goldin, qui a reçu le prix de la Fondation Hasselblad en 2007, continue d'influencer des générations de photographes.

Une expérience sensorielle

Au-delà des photographies, l'exposition propose une immersion sonore et vidéo. Des projections à 360 degrés plongent le visiteur dans l'univers de Goldin, avec des musiques de sa compilation personnelle. « Je veux que les gens ressentent ce que j'ai ressenti », dit-elle. Les murs de l'église sont habillés de tirages grand format, créant un dialogue entre le sacré et le profane.

Cette installation a nécessité six mois de préparation. Goldin a personnellement supervisé l'accrochage, choisissant chaque image avec soin. « Chaque photo a une histoire, et je voulais qu'elles racontent une histoire collective », explique-t-elle.

Un héritage pour les générations futures

L'exposition arlésienne est aussi l'occasion de réfléchir à l'héritage de Nan Goldin. Ses archives, conservées à la New York Public Library, sont une source d'inspiration pour les jeunes artistes. « Son travail est une leçon de courage et d'authenticité », commente une visiteuse, étudiante en photographie.

Goldin, qui a survécu à un cancer du poumon en 2023, aborde la mort avec sérénité. « Je n'ai pas peur de mourir, mais je veux continuer à créer », confie-t-elle. Son exposition aux Rencontres d'Arles est un testament vibrant à la beauté de l'existence.

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