Au rez-de-chaussée du musée Ziem, la carte blanche consacrée à Ernest Pignon-Ernest se prolonge en contrepoint. L'artiste y endosse le rôle de commissaire d'exposition en choisissant au sein des collections permanentes une cinquantaine de dessins, gravures et estampes, jamais ou rarement montrés, pour composer un accrochage où dialoguent plusieurs siècles de regards.
Les carnets de voyage de Félix Ziem au cœur de la sélection
Au centre de cette sélection se déploient les carnets de voyage de Félix Ziem, peintre bourlingueur né à Beaune en 1821. Figure de la tradition orientaliste et des paysages méditerranéens, il découvre Martigues dès 1840, avant de s'y installer durablement une vingtaine d'années plus tard, fasciné par les reflets de l'eau, les ciels ouverts, les mouvements du port. C'est à lui que la ville doit la création de son musée en 1908, à la suite d'un don inaugural de l'artiste, et qui conservera par la suite une part importante de son atelier et de ses œuvres graphiques.
Une écriture du déplacement qui résonne avec Pignon-Ernest
Derrière les vitrines se raconte ainsi le parcours d'un dessinateur et d'un aquarelliste en mouvement permanent : vues portuaires esquissées sur le vif, silhouettes à peine posées, horizons tracés d'un geste rapide, notations presque tachygraphiques de la lumière et des vents. Rien n'y est figé, tout y est passage. Le cadre ne s'y impose pas comme une image achevée, mais comme une expérience en train de se faire. Cette écriture du déplacement résonne encore fortement, trouvant un écho discret mais évident dans la démarche d'Ernest Pignon-Ernest, attentif lui aussi à ce qui surgit, se transforme et disparaît.
Un dialogue entre les siècles autour de la Méditerranée
Autour de Ziem gravitent d'autres présences des XIXe et XXe siècles. Les paysages de l'École de Marseille, héritiers de la tradition provençale, répondent aux études plus nerveuses d'Émile Loubon, où la ligne cherche déjà à capter la vibration de la Méditerranée. Plus loin, les compositions intenses de Paul Guigou ou les vues colorées de Jean-Baptiste Olive rappellent à quel point la lumière a longtemps été un sujet à part entière dans la peinture du Midi. À leurs côtés, les feuilles de Raoul Dufy, André Derain ou Francis Picabia introduisent une autre modernité : celle du geste libre, de la simplification des formes, d'une manière nouvelle d'arpenter le visible. Le trait s'y libère, la couleur s'y affirme, et l'image devient presque une notation rapide du réel, proche par certains aspects des recherches contemporaines sur le fragment et l'instant.



