Photographie au Caire : une nouvelle histoire de l'archive
Photographie au Caire : une nouvelle histoire de l'archive

L'exposition « Photographie au Caire », présentée à l'Institut du monde arabe à Paris, propose une relecture inédite de l'histoire de la photographie égyptienne. En confrontant des clichés du XIXe siècle à des œuvres d'artistes contemporains, elle interroge la notion d'archive et son rôle dans la construction des récits nationaux.

Un dialogue entre passé et présent

L'exposition rassemble plus de 200 photographies, allant des premiers daguerréotypes aux créations numériques récentes. Parmi les pièces maîtresses, on trouve des vues du Caire prises par des photographes européens comme Antonio Beato ou les frères Zangaki, qui ont façonné l'imaginaire orientaliste. En face, des artistes égyptiens contemporains comme Nermine Hammam ou Maha Maamoun détournent ces images pour en révéler les angles morts.

« Il s'agit de montrer que la photographie n'est jamais neutre », explique la commissaire d'exposition, Sarah Rifky. « Les archives sont souvent le produit de rapports de force. En les confrontant à des œuvres actuelles, on peut déconstruire les stéréotypes et proposer une histoire plus complexe. »

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L'archive comme matériau créatif

Plusieurs artistes ont directement travaillé à partir de fonds d'archives. Ainsi, l'artiste Mohamed Abla a utilisé des négatifs sur verre du début du XXe siècle pour créer des tirages contemporains, brouillant les frontières entre document et fiction. De son côté, la photographe Laura Boushnak a collecté des portraits de famille anonymes pour évoquer la mémoire collective des Égyptiens.

« Ces images nous racontent une histoire intime du Caire, loin des clichés touristiques », souligne Sarah Rifky. Selon elle, l'exposition permet de « redonner une voix à ceux qui ont été invisibilisés par les récits officiels ».

Un regard critique sur l'orientalisme

L'exposition ne cache pas son ambition politique : dénoncer l'orientalisme qui a imprégné la photographie du XIXe siècle. Les clichés de femmes voilées ou de scènes de rue pittoresques sont ainsi mis en regard avec des œuvres contemporaines qui en soulignent le caractère construit. L'artiste Hala Elkoussy propose par exemple des photomontages où elle insère des éléments anachroniques pour déstabiliser le regard du spectateur.

« L'orientalisme a imposé une vision unique de l'Orient, figée et exotique », rappelle Sarah Rifky. « Notre exposition veut montrer que la réalité égyptienne est bien plus diverse et dynamique. »

Un succès public et critique

L'exposition, qui a attiré plus de 50 000 visiteurs depuis son ouverture en mars, est saluée par la critique. Le journal Le Monde y voit « une leçon d'histoire visuelle » tandis que The Art Newspaper loue « la capacité des commissaires à tisser des liens entre des époques et des pratiques artistiques différentes ».

Pour Sarah Rifky, ce succès témoigne d'un intérêt croissant pour les récits alternatifs : « Le public est fatigué des histoires univoques. Il veut comprendre comment les images sont fabriquées et comment elles influencent notre perception du monde. »

Vers une décolonisation des archives

Au-delà de l'exposition, le projet s'inscrit dans une réflexion plus large sur la décolonisation des musées et des archives. Plusieurs institutions égyptiennes, comme le Musée d'art moderne égyptien du Caire, ont prêté des œuvres et participé à la recherche. « Nous avons travaillé en étroite collaboration avec nos partenaires égyptiens pour garantir que leurs voix soient entendues », précise Sarah Rifky.

L'exposition est accompagnée d'un catalogue de 300 pages, qui reprend les principaux thèmes de la scénographie et propose des essais de chercheurs internationaux. Elle est également le point de départ d'un programme de conférences et de projections qui se poursuivra jusqu'à la fin de l'année.

« Photographie au Caire » est à voir à l'Institut du monde arabe jusqu'au 28 juillet 2026.

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