Le Musée d’art brut de Montpellier accueille jusqu’à la fin du mois d’août une exposition dédiée à Paul Amar (1919-2017), un artiste hors norme dont les œuvres, saturées de coquillages, de pigments et de paillettes, plongent le visiteur dans un univers psychédélique et baroque. Oubliez les classiques souvenirs de bord de mer : ce que Paul Amar crée à partir de matériaux marins est incomparable et, de prime abord, indescriptible.
Un parcours hors du commun
Né à Alger en 1909 dans une famille juive séfarade et catholique, rapatrié en France en 1962, Paul Amar a exercé des métiers aussi variés que coiffeur, militaire, chauffeur de taxi, opérateur téléphonique et même acrobate érotique dans le Paris interlope des années 1930. Ce n’est qu’à l’âge de 60 ans, lors de vacances en Vendée, qu’il découvre dans une boutique de souvenirs le potentiel artistique des rejets de l’océan.
De l’atelier à la chambre
Au début, il se contente de décorer des assiettes et des coffrets à bijoux qu’il offre ou échange. Mais rapidement, sa pratique devient plus sérieuse (ou l’inverse ?). Il se lance dans les tableaux, puis les fresques et les hauts-reliefs. Une pièce de son appartement au 6e étage d’un HLM parisien lui sert d’atelier. Il achète moules, bigorneaux, crabes et coraux au kilo, et commence à les percer, meuler, ajourer, ciseler avant de les coller et de les recouvrir de peinture acrylique, de vernis à ongles et de paillettes. Parfois, il produit des fresques si grandes qu’il ne parvient pas à les sortir de sa chambre-atelier.
Une esthétique syncrétique et explosive
L’exposition montpelliéraine présente des masques, des statues, des scènes, des tableaux et des ex-voto. Chaque pièce semble un feu d’artifice figé en pleine explosion, dans l’ambre d’une inspiration excentrique et syncrétique. Baroque, mésoaméricain, oriental, asiatique, africain, indien, religieux, païen, burlesque, kitsch, pop… les arts se croisent et s’entremêlent dans une “partouze esthétique” d’autant plus jouissive qu’elle semble insatiable.
Le niveau de détail est hallucinant. La vue d’ensemble constitue déjà un test d’effort oculaire, tant les couleurs, les chatoiements et les brillances crépitent. Mais c’est merveilleux. Ensuite, la revue de détails offre un autre enchantement, plus ludique qu’artistique, car chaque recoin peut receler un clin d’œil, un trait d’esprit ou une figure de style. Il faut envisager l’œuvre sous différents angles pour n’en rien perdre.
Le collectionneur et commissaire Bernard Larrieu a souhaité mettre l’accent sur le versant érotique de cette œuvre prolifique, mais cela ne saute pas aux yeux : il faut s’y habituer, car chaque pièce est saturée de détails.
Une exposition à visiter plusieurs fois
L’accrochage montpelliérain ne représente qu’une infime partie des quelque deux cents créations de Paul Amar. Plusieurs visites seront nécessaires pour en faire le tour. Une raison de plus pour y retourner !



