Odieux Boby : le photographe qui capture stars et gens ordinaires
Odieux Boby : photographe des stars et du quotidien

Il est l’un des photographes les plus en vue du moment, a fait des étincelles au Festival de Cannes ou aux JO de Paris : on a rencontré Odieux Boby pour son expo au Musée national du sport à Nice.

Un style singulier

Au Festival de Cannes, dans des manifs, pour des marques de luxe ou aux JO de Paris, comme on peut le voir dans une expo qui lui est consacrée en ce moment au Musée national du sport, à Nice, Boby s’affirme comme un photographe de premier plan, au style singulier. Boris Allin, dit Odieux Boby ou Boby tout court, est l’un des photographes les plus en vue du moment. Il est exposé en ce moment au Musée national du sport, à Nice.

Sur le sable de Cannes, pendant un Festival international du film où tout le monde se prend très au sérieux, comme si le sort de la planète dépendait d’une opération de promo, on l’a vu débouler avec sa dégaine de personnage de BD. Casquette retournée, barbe fournie, short de l’OM et mollets blancs comme du pain sans sel, il demandait au comédien Paul Kircher de s’agiter en soulevant un parasol coloré. Une sorte de doux ovni, ce Boby. Un type également capable d’arriver dans le même accoutrement face à l’iconique Monica Bellucci pour un autre shooting. « Pas par manque de respect, juste parce qu’il faisait trop chaud », s’excuse-t-il presque quelques semaines plus tard, lorsqu’on le retrouve au Musée national du sport de Nice, qui propose une expo gratuite autour de ses images ramenées des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, jusqu’au 20 septembre.

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Photographier les stars comme des gens normaux

Boby, @odieuxboby sur les réseaux sociaux et Boris Allin pour l’état civil, est l’un des photographes les plus en vue du moment. L’un de ses derniers coups d’éclat ? Une série de portraits de Pedro Almodóvar, dont un où le réalisateur de 76 ans tire la langue, comme un gamin turbulent. « Quand je lui ai demandé de faire ça, objectivement je ne pensais pas qu’il allait accepter. Il était trop mignon. Franchement, quand ça se passe comme ça, c’est trop bien », assure-t-il.

De Snoop Dogg à Justice, en passant par Dua Lipa, Natalie Portman ou Arnold Schwarzenegger, et quelques personnalités politiques (les plus rétives), Boby les a tous shootés. Sans jamais se départir de sa spontanéité. « J’essaie de venir avec des idées. Surtout, le plus important c’est d’oser les proposer. Souvent, on a peur de paraître ridicule face à la personne qu’on retrouve pour un portrait. J’essaie de m’affranchir de ça et de demander, quitte à ce que le gars me regarde bizarrement. J’essaie d’expliquer, de négocier. Et au pire il me dit oui… » Toujours pas odieux pour un sou, Boby, quand il continue de nous détailler sa ligne de conduite. « Je me dis tout le temps que les stars, il faut les photographier comme des gens normaux. Qu’elles sont, d’ailleurs. Et les gens normaux comme des stars. C’est ce que j’essaie de mettre au cœur de mes photos. »

De la musique à la photo

Comme beaucoup de bosseurs doués, notre homme aurait tôt fait de passer pour un magnifique branleur. Et à l’écouter, il y a un peu de ça à l’origine de son virage vers la photographie. Passé par une fac de géographie, puis par une école de journalisme à Marseille, il faisait partie des bonnes plumes de sa promo. Il donnait aussi de sa personne pour un blog baptisé Split Your Mother. « Un truc sur le rock, le nom était quand même horrible », se marre Boby. « Les photos, elles servaient juste à illustrer mes articles. » La présidentielle de 2012 arrive et Boris fait un constat : « Écrire me demander un effort intellectuel. J’avais à cœur à chaque fois que chaque phrase soit trop bien. Et du coup, je me perdais un peu là-dedans. Alors que quand je faisais une photo, j’avais l’impression que c’était bien directement. J’étais un peu flemmard à l’époque. J’ai vu que ça me rapportait plus d’argent, j’ai foncé là-dedans. »

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Pas question, selon lui, de s’embarrasser avec des manuels, des tutos et des montagnes de théories pour shooter. « Il n’y a que quelques paramètres, j’ai toujours trouvé ça assez simple, tu peux vite te démerder », lâche Boby, avant de se lancer dans une théorie. « Peut-être que je suis devenu bon photographe parce que j’étais mauvais bassiste. Au début, je prenais l’appareil pour être dans le truc, suivre des groupes. Il y a un film que j’adore qui s’appelle Almost Famous [Presque célèbre en VF, 2000, ndlr]. C’est l’histoire d’un jeune qui devient journaliste pour le magazine Rolling Stone et qui part en tournée avec un groupe. Je crois que ça m’a beaucoup guidé. »

Un regard différent sur les Jeux

Quand Boby en vient à parler technique, c’est surtout pour évoquer son rapport aux autres, la distance à laquelle il se trouve d’eux. « J’aime bien être en focale fixe, très souvent au 50 mm. Si tu veux zoomer, tu fais trois pas en avant. Pour dézoomer, tu pars en arrière. C’est une autre philosophie. » Cette philosophie, il l’a mise en pratique pendant les Jeux de Paris. « Je me suis dit que je ne ferai jamais les meilleures photos de sport. Tous les plus grands étaient là, je voulais chercher autre chose. La magie des Jeux, c’est qu’il y a tellement de choses qui se passent… C’est aussi une malédiction, parce que tu ne peux pas être partout, impossible. Mais en tout cas, j’ai tout fait pour en profiter un maximum. »

Avec ses images, Boby a offert un regard différent sur la compétition et touché un public très large à travers ses réseaux sociaux. Un terrain de jeu où il a forcément un œil sur les autres photographes et photojournalistes de sa génération. « En France, on a un vivier incroyable. On n’a rien à envier aux Américains. Chez nous, il y a de la curiosité, un regain d’esthétisme aussi. Et on comprend que les belles choses ne sont pas forcément celles qui brillent. »

300 photos à découvrir

Près de deux ans après, le souvenir de ce magnifique été olympique est encore vif dans les esprits. Comme un doux rêve dans lequel on voudrait replonger pour toujours. Au Musée national du sport, l’expo Un été 2024 - La flamme ne s’éteint jamais a déjà rassemblé près de 50 000 visiteurs depuis son inauguration. Depuis le 1er juin et jusqu’au 20 septembre, elle connaît une belle extension visuelle avec Un été 2024 par Boby. Cette expo temporaire est visible gratuitement. On y trouve près de 300 clichés. Et ça compte pour Boby. « Le Musée a fait un travail de scénographie incroyable, je suis très chanceux. J’aime aussi le fait qu’on puisse voir beaucoup de mes images, dans différents formats. Parfois, dans des galeries, je sors frustré quand je ne vois qu’une quinzaine de photos. En vrai, j’ai fait tellement de photos que je rêverais de toutes les montrer... »

Boby est surtout là où on ne l’attend pas. Alors que le comité d’organisation lui avait donné accès à tous les meilleurs spots, le Toulousain a souvent pris le contre-pied. « Pendant les compétitions, les photographes sont parqués à un endroit et ne peuvent plus aller ailleurs. Moi, j’ai trop la bougeotte. Aux JO, les stars, ce sont les médaillés, bien sûr. Mais je crois que j’ai fini par faire plus de photos d’ambiance et de supporters qu’autre chose. Sans les supporters, tout ça n’existe pas. »

Une parenthèse enchantée

Voilà comment le photographe décrit la période des JO dans la capitale. « C’est la première fois que j’appréciais Paris. C’était léger, ça tranchait avec l’actualité très lourde de notre époque, on avait l’impression d’être hors du temps. Il y avait des scènes très amusantes, comme quand j’ai vu un policier en tenue marquer son petit panier à trois points dans la rue. Beaucoup de Parisiens avaient quitté la ville, ceux qui sont restés ont été bien récompensés. » Lui estime avoir souvent de la chance au moment de ses prises de vues, comme bon nombre de chasseurs d’images.

Comme lorsqu’il a été appelé pour immortaliser le nouveau roi de la natation Léon Marchand et son frère, seuls au monde sur la Tour Eiffel. Ou quand celui qui assure « ne pas savoir faire de bonnes photos de sport » a réussi à saisir ce moment de joie intense entre les Américains LeBron James et Stephen Curry, immenses basketteurs américains. « Ils étaient orientés du bon côté, ils sont venus presque devant moi. Je ne travaille jamais en rafale, je n’ai déclenché que quelques fois, juste avant qu’un cameraman arrive dans le champ. Tout s’est bien aligné, en quelque sorte... »