L'exposition « L'Été à la mode » à la chapelle de l'Observance à Draguignan a déjà attiré plus de 1 300 visiteurs depuis son ouverture. Elle se poursuit jusqu'au 20 septembre 2026. Avec une centaine de pièces, elle retrace plus de deux cents ans d'évolution de la mode estivale, des tendances et des silhouettes depuis 1780.
Le coton, moteur de la libération féminine
En 1783, la reine Marie-Antoinette se fait peindre par Élisabeth-Louise Vigée Le Brun vêtue d'une simple robe chemise en mousseline de coton blanche, une rose à la main. Ce choix d'une étoffe fine et aérienne revendiquait une esthétique naturelle et confortable. Le portrait provoqua un scandale : le public jugea la tenue trop intime pour une souveraine. Malgré la polémique, cette robe devint un phénomène de mode, annonçant un désir de liberté.
Une somptueuse robe de jour en percale blanche de l'époque Premier Empire (vers 1810) illustre cette transformation. « Cette robe représente la libération du corps de la femme après la chute de l'Ancien Régime », explique Serge Liagre, commissaire de l'exposition, collectionneur et expert textile à la Villa Rosemaine. Fini les « paniers latéraux » et « le corset de cour qui compressait totalement la poitrine ». Avec le coton léger, le corps féminin se libère des carcans physiques.
L'étoffe paradoxe
Le coton, fibre végétale innovante pour l'époque, a « totalement modifié le vestiaire estival, transformé le quotidien et directement façonné ce que nous appelons aujourd'hui la mode d'été », selon Serge Liagre. Sa fraîcheur et sa légèreté ont révolutionné l'habillement. Mais ce symbole de liberté corporelle repose sur « le commerce triangulaire et l'esclavage ». Le coton provenait des colonies esclavagistes, et ces étoffes, appelées « indiennes de traite », constituent « la face sombre » de cette révolution textile.
Cette réalité déconstruit l'insouciance apparente de la mode estivale. Bien que l'esclavage ait été aboli, des questions éthiques persistent dans l'industrie textile mondiale, appelant à la vigilance.
D'autres robes, d'autres lectures
La robe en percale blanche n'est qu'une entrée parmi d'autres pour comprendre la sociologie, la politique, l'économie ou les mœurs d'une époque. L'exposition regorge de « merveilles historiques de très très grand niveau muséal », précise l'expert. Les pièces sont à découvrir du mardi au samedi de 10 h à 17 h jusqu'au 20 septembre à la chapelle de l'Observance. Des visites animées par Laurène Cendrey, médiatrice culturelle, sont proposées à 10 h 30 le samedi 25 juillet et tous les samedis d'août, ainsi qu'à 16 h le mardi 28 juillet et tous les mardis d'août.



