Aux Rencontres d'Arles, l'exposition «Ghana!» mêle regards postcoloniaux et intimes
Aux Rencontres d'Arles, l'exposition «Ghana!» mêle regards

Le 6 mars 1957, la République du Ghana accède à l'indépendance après plus d'un siècle de domination britannique. Sous la houlette de son premier président, Kwame Nkrumah (1909-1972), l'ancienne Gold Coast écrit son propre destin économique, politique et culturel. Dès lors, il s'agit de mettre en images le récit de cette émancipation teintée de panafricanisme et de socialisme.

Une exposition qui conjugue les regards

«La construction de cette nouvelle identité s'appuie sur l'architecture, les arts, la musique et la photographie, rappelle Damarice Amao, historienne de la photographie et commissaire de l'exposition majeure “Ghana !” aux Rencontres d'Arles. Nkrumah veut surtout proposer une vision de son pays différente de celle de l'époque coloniale.» Fini l'exotisme de carte postale, le paternalisme occidental et les regards ethnographiques dégradants imposés par Londres.

Le leader de la jeune nation d'Afrique de l'Ouest peut compter sur le talent de Paul Strand (1890-1976), l'un des plus grands photographes du XXe siècle. À partir d'octobre 1963, pendant un séjour de quatre mois avec son épouse, Hazel, l'Américain capture l'esprit des premières années de l'indépendance. Ses clichés, présentés dans l'exposition, offrent un témoignage unique de cette période fondatrice.

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Un dialogue entre passé et présent

L'exposition «Ghana !» ne se limite pas à l'œuvre de Strand. Elle réunit également des artistes contemporains ghanéens et de la diaspora, comme Carlos Idun-Tawiah, dont l'œuvre «Many Reasons to Live Again» (2022) interroge la mémoire et la renaissance. Ces regards multiples tissent un dialogue entre l'histoire officielle et les récits personnels, entre l'archive et la création actuelle.

Damarice Amao souligne l'importance de cette diversité : «Il s'agit de montrer comment la photographie a participé à la construction d'une identité nationale, mais aussi comment les artistes d'aujourd'hui s'emparent de cet héritage pour le réinventer.» L'exposition, qui se tient dans le cadre des 57es Rencontres photographiques d'Arles, est l'un des temps forts de cette édition.

Un rendez-vous incontournable

Les Rencontres d'Arles, festival de photographie de renommée internationale, accueillent chaque été des expositions qui font référence. «Ghana !» s'inscrit dans une programmation qui explore les liens entre photographie, histoire et politique. Le public peut découvrir des tirages originaux de Paul Strand, ainsi que des œuvres d'artistes contemporains, dans un parcours qui mêle archives et créations récentes.

L'exposition est à voir jusqu'à la fin du festival, en septembre 2026. Elle offre une occasion unique de plonger dans l'histoire du Ghana et de réfléchir aux enjeux postcoloniaux à travers le prisme de la photographie.

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