Un trésor artistique longtemps caché émerge à Montpellier
Le Musée d'Art brut de Montpellier dévoile actuellement une découverte exceptionnelle : une quarantaine de sculptures inédites d'Edmond Barrial, créateur cévenol resté dans l'ombre durant toute sa vie. Cette exposition, qui se poursuit jusqu'au 26 avril, révèle l'œuvre d'un artiste autodidacte dont la production artistique fut sauvée in extremis de la destruction.
La redécouverte d'un artiste oublié
Patrick Michel, directeur du musée, qualifie cette découverte de "trésor caché qui se découvre aujourd'hui". Tout a commencé lorsqu'il a reçu la visite de Jeanne Roualet, qui lui présenta des photographies du travail d'Edmond Barrial, artiste totalement inconnu du grand public. Immédiatement convaincu par la qualité des œuvres, Patrick Michel a organisé cette première exposition publique. "Nous sommes les premiers à sortir ça. C'est tellement rare de trouver des œuvres comme celles-ci, réalisées par des gens restés dans l'ombre totale", confie-t-il avec enthousiasme.
Edmond Barrial, dit "Momon" : un parcours singulier
Né dans le bassin houiller d'Alès, Edmond Barrial, surnommé "Momon", a connu une existence marquée par les difficultés. Atteint très tôt d'une maladie invalidante qui l'empêchait de marcher et de fréquenter l'école, il apprit à lire et à écrire grâce à sa grand-mère et à des voisins bienveillants. Loin des Beaux-Arts et des ateliers traditionnels, il travailla comme mineur jusqu'à une retraite anticipée à 47 ans.
Contrairement à beaucoup qui se retrouvent désœuvrés après leur carrière professionnelle, Momon se lança alors dans une vaste production artistique. "Il n'a jamais fait d'école ni suivi de formation. Il appartient à cette catégorie d'artistes 100% autodidactes et vivant presque en enfermement complet", précise Patrick Michel.
L'art comme refuge et expression
Pour Edmond Barrial, la création artistique devint un moyen essentiel de lutter contre l'angoisse, la dépression et la mélancolie. Travaillant principalement le bois de châtaignier ou de poirier qu'il récupérait dans la montagne cévenole, il produisit des sculptures d'une densité exceptionnelle, mesurant généralement entre 60 et 80 centimètres de hauteur.
Ses œuvres frappent par la finesse de leurs détails et révèlent une vitalité presque sauvage. Leur préservation tient du miracle : "Sa femme ne supportait pas ses sculptures. Elle voulait les brûler, même à la fin de sa vie", révèle le directeur du musée. Finalement, elle choisit d'en faire don à ses voisins, les Roualet, permettant ainsi leur sauvetage.
Un univers artistique riche et diversifié
L'exposition présente un ensemble remarquable de petites pièces qui explorent des figures issues à la fois de l'enfance, de la culture populaire et du quotidien rural. On y découvre un mineur, un paysan, un berger, un soldat, mais aussi des personnages de fiction comme Blanche-Neige, ou des icônes culturelles telles que Ben-Hur, John Wayne et Elvis Presley — ce dernier visiblement victime d'un sérieux coup de soleil.
Le bestiaire n'est pas en reste, avec la présence d'un tigre, d'un aigle, d'un rhinocéros et d'un fabuleux crocodile. Parmi les pièces les plus imposantes, on remarque particulièrement un étonnant carrosse mesurant 125 × 50 × 50 centimètres.
Informations pratiques
Cette exposition unique se tient au Musée d'Art brut de Montpellier jusqu'au 26 avril. Les visiteurs peuvent découvrir ces œuvres du mercredi au dimanche, de 10 heures à 13 heures et de 14 heures à 18 heures. Le musée est situé au 1 rue Beau Séjour à Montpellier, avec des tarifs d'entrée à 6 et 8 euros.
En attendant une éventuelle intégration de l'œuvre d'Edmond Barrial dans les collections de l'Art Brut de Lausanne ou d'autres institutions prestigieuses, c'est à Montpellier que ce patrimoine artistique longtemps caché éclot aujourd'hui, offrant aux amateurs d'art brut et singulier une découverte majeure de la saison culturelle.



