Thomas Pesquet et Marion Montaigne : l'humour comme clé de la vulgarisation spatiale
Thomas Pesquet et Marion Montaigne : l'humour au service de la science

« On en parle du fait que tu ne me dessines plus comme au début ? » Thomas Pesquet, sourire en coin, taquine (encore) Marion Montaigne. Leur complicité est palpable. Cela fait dix ans qu’ils se connaissent, et cette rencontre (quasi) improbable a donné naissance à deux bandes dessinées. La première, Dans la combi de Thomas Pesquet, relate le parcours de l’astronaute jusqu’à sa mission dans l’ISS. La seconde, Space Montaigne, en est une sorte de making of.

C’est à l’occasion de la présentation de ce nouvel album que 20 Minutes assiste à ce ping-pong verbal, aussi drôle qu’attendrissant, entre Thomas Pesquet et Marion Montaigne. « Je ne ressemble plus à rien. On dirait Stallone », poursuit l’astronaute, bien décidé à dérider une assemblée déjà conquise, et à asticoter la créatrice de son double fictif. Et là, une lumière s’allume. Mais… il est drôle en fait Thomas Pesquet.

« On rigole des mêmes trucs »

Un astronaute drôle, c’est possible ? C’est sans doute l’un des nombreux clichés qui gravitent autour d’une profession souvent jugée inaccessible, et que Marion Montaigne dégomme de son coup de crayon décapant dans Space Montaigne. L’autrice y revient sur sa rencontre avec Thomas Pesquet et son immersion dans l’univers spatial. Il n’y a donc plus un héros, mais deux. D’un côté, Thomas Pesquet, la force tranquille, de l’autre, Marion Montaigne, l’angoissée de service. Deux personnalités qui - a priori - s’opposent. Et pourtant, l’alchimie opère, dans les bulles comme dans la vie.

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Leur point de convergence ? « Les blagues nulles », répond Marion Montaigne. « Les blagues nulles, essentiellement », surenchérit son acolyte. L’humour est à l’origine de leur rencontre - Thomas a envoyé un message sur le blog de Marion pour saluer ses blagues sur les astronautes, et s’est fait longtemps… ghoster. L’humour est (aussi) au centre de ces deux BD, sens de l’autodérision oblige. « On rigole des mêmes trucs. Marion me faisait beaucoup marrer », poursuit l’astronaute. « Elle me fait encore un peu marrer. Bon, à la fin de la journée, c’est plus difficile (rires). Mais c’est pour ça qu’on s’est bien entendus. » Décidément, très drôle Thomas Pesquet.

L’humour comme soupape de décompression

Il ne lui manquait que ça. Brillant, sportif, courageux, imperturbable, polyglotte (oui, aussi), gentil et maintenant… drôle. Marion Montaigne a offert à Thomas Pesquet l’ultime qualité qui lui manquait - ou tout du moins qu’on ne lui connaissait pas. Risquer sa vie dans l’espace et avoir de l’humour étant, dans l’imaginaire collectif, deux choses absolument incompatibles. « Je m’entends mieux avec les gens qui ont de l’humour. C’est aussi une marque d’intelligence », lance Thomas Pesquet. « Et puis, quitte à être 400 jours dans la station spatiale bloqué avec des gens, autant qu’on puisse rire un peu. »

« On s’est bien marrés, et je me marre encore bien. Thomas sait très bien nourrir le troll. Il sait très bien quelle anecdote m’intéresse »

Dans Space Montaigne, l’astronaute, malgré l’importance et le sérieux de sa mission, charrie sans cesse, ne se prend (justement) pas au sérieux, et encourage même Marion à faire des blagues sur les astronautes. Il y a cette séquence où Thomas découvre les premières planches de la bédéiste, stressée comme jamais. La réaction de l’astronaute ? Lui dire que dans une bulle le copilote n’est pas à la bonne place. Et lui demander de pousser le curseur bien plus loin sur les moqueries assénées à sa profession.

« On peut faire des choses très sérieuses sans forcément se prendre au sérieux », assure Thomas Pesquet. Lequel confie se servir de ce « mécanisme hyperpuissant » comme d’une soupape de décompression. « On peut faire une simulation de situation d’urgence dans la station spatiale de façon très sérieuse, puis vient la pause, on fait une vanne, on rit et on repart. Ça déstresse. » Et Marion Montaigne de confirmer que l’astronaute est bel et bien (très) drôle : « Je n’ai pas eu besoin de forcer le trait. Il faut avoir beaucoup d’autodérision pour encaisser mes blagues, et la BD n’aurait pas pu exister s’il n’avait pas eu un peu d’humour ».

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L’humour pour vulgariser les sciences

Niveau blagues, Marion et Thomas sont sur la même longueur d’onde. Mais ils ont également un goût commun pour les sciences, et la volonté de les rendre accessibles. Là encore, l’humour aide (beaucoup). « Ça permet de casser l’image d’Epinal qui maintient les gens à distance », explique l’astronaute français. « Aller dans l’espace, ça fait rêver les gens, notamment les adolescents, mais on leur décrit un truc impossible donc ça les met à l’écart, et du coup ils ne lancent pas. » Chose que Thomas Pesquet « veu[t] absolument éviter ».

Le travail de Marion Montaigne vise à montrer l’envers du décor. Une réalité différente où tout n’est pas parfait, inaccessible ou héroïque. La BD montre (aussi) le travail, la discipline et la solitude que nécessite un tel métier. Et la bédéiste s’attache évidemment - c’est sa spécialité - à vulgariser les sciences. « Je suis sensible à la violence symbolique que peut avoir le sachant sur celui qui ne sait pas. Je l’ai moi-même ressenti et c’est la raison pour laquelle je n’ai pas osé faire d’études scientifiques », confie-t-elle. C’est là que l’humour intervient, pas pour se moquer mais pour désacraliser. « Rire, c’est redescendre du piédestal pour avoir moins peur des sciences et s’y intéresser. Il n’y a rien de pire que se dire que ce n’est pas pour nous. » Mission largement réussie.