Un départ fracassant chez Grasset
Le monde de l'édition française est secoué par une vague de départs sans précédent. Anthony Passeron, l'auteur niçois révélé en 2022 par son premier roman « Les enfants endormis », figure parmi les plus de 170 signataires d'une lettre de départ collective adressée à l'éditeur Grasset. Ce mouvement de protestation fait suite au limogeage d'Olivier Nora, président historique de la maison d'édition depuis 26 ans, après son rachat par le milliardaire Vincent Bolloré en 2023.
Une maison d'édition qui perd son âme
À 42 ans, Anthony Passeron avait rejoint Grasset en 2025 pour y publier son deuxième roman « Jackie », après le succès retentissant de son premier ouvrage chez Globe. « Je me suis dit que ce n'était pas Vincent Bolloré qui m'empêcherait de bosser avec Olivier Nora », explique-t-il. Ce qui l'avait séduit chez Grasset, c'était précisément cette ouverture d'esprit qui permettait à des auteurs aux opinions divergentes de coexister pacifiquement.
L'écrivain insiste sur le rôle crucial d'Olivier Nora : « Il était de notoriété publique que tant qu'Olivier Nora serait là, Grasset resterait Grasset ». Le président historique protégeait non seulement ses auteurs, mais aussi l'ensemble du personnel, favorisant les évolutions de carrière et soutenant les plumes plus confidentielles dont il jugeait les livres importants.
Les conséquences d'un licenciement éclair
Le licenciement d'Olivier Nora a provoqué une onde de choc dans toute la maison. « Quand tu appelles chez Grasset, tout le monde est dévasté », constate Anthony Passeron. Pour lui, cet acte symbolise bien plus qu'un simple changement de direction : « En quelques minutes, Vincent Bolloré a balayé cent ans d'histoire. La fin d'un monde professionnel et culturel ».
L'auteur niçois s'implique activement dans la préparation de la riposte au sein d'un groupe WhatsApp réunissant les signataires. Les enjeux sont multiples : organiser une action collective sur le plan légal, récupérer les droits des livres publiés, et soutenir les auteurs dont les ouvrages doivent paraître prochainement.
La quête d'intégrité et de protection
Pour Anthony Passeron, qui doit récupérer les droits de « Jackie » déjà traduit dans cinq langues, il s'agit maintenant de trouver un nouvel éditeur tout en conservant son intégrité. « Ma philosophie, c'est de quitter les milliardaires », affirme-t-il, refusant de passer d'un groupe à l'autre dans un paysage éditorial de plus en plus concentré.
L'écrivain envisage d'exiger dans son prochain contrat de signer avec une maison d'édition et un éditeur précis, avec une clause lui permettant de partir si cette personne est licenciée. « Que tout le monde fasse cela, c'est important. Il nous faut une protection mutuelle dans un monde de prédation », plaide-t-il.
Un plaidoyer pour la culture
Anthony Passeron transforme ce séisme culturel en véritable plaidoyer. « Vincent Bolloré, par sa violence notoire, nous oblige tous à réfléchir », lance-t-il, appelant à une protection législative renforcée pour le secteur culturel. L'ancien professeur, qui n'exclut pas de retourner à l'enseignement, travaille sur plusieurs projets d'écriture, dont un roman sur l'arrière-pays niçois.
L'auteur garde cependant la tête froide face à cette tempête éditoriale. « Le fait d'habiter à Nice m'aide beaucoup », conclut-il, trouvant dans sa ville natale la distance nécessaire pour analyser cette crise qui dépasse largement le cadre d'une simple maison d'édition.



