Pour remporter la victoire suprême aux 24 Heures du Mans, tout se joue dans l'infime. Un tour rapide signé au moment opportun, un changement de réglage judicieux, la bonne décision prise au bon moment : autant d'éléments censés faire la différence. Cette quête de l'excellence, jusqu'au moindre paramètre, se retrouve tout naturellement au M24, le tout nouveau musée inauguré ce 27 mai à l'entrée nord du célèbre circuit.
Un sol qui reproduit la piste
Pour mesurer cette obsession du détail, il faut d'abord baisser les yeux. Dès l'entrée, sous les pas des visiteurs, une résine sombre légèrement granuleuse s'étend. « Nous avons, en quelque sorte, scanné la piste des 24 Heures du Mans pour la reproduire sur ce sol », explique fièrement Fabrice Bourrigaud, directeur du lieu. Une annonce qui fait son effet, alors que la visite n'a même pas encore commencé.
Un chantier titanesque pour un projet ambitieux
Ce nouveau musée, situé sur une terre de légende, ambitionne de devenir la référence mondiale du sport automobile. L'ancien Musée de l'automobile de la Sarthe et des 24 Heures du Mans, inauguré en 1991, a été entièrement rénové et agrandi avec une extension qui double sa superficie, pour une surface totale de 8 600 m². L'architecte Frédéric Audevard a conçu la nouvelle aile, « inspirée de l'aérodynamisme et de la vitesse » propres aux sports mécaniques. Les travaux ont débuté à la fin de la dernière édition, avec un pari osé : réaliser en onze mois des travaux prévus sur deux ans. Il a fallu faire preuve d'ingéniosité, notamment pour transporter des voitures de collection au milieu des ouvriers et des gravats.
La collection de Richard Mille au service du M24
Richard Mille, créateur de la marque horlogère, joue un rôle majeur dans ce projet. Passionné de voitures depuis 40 ans, il collectionne de nombreux bolides. « J'ai toujours voulu faire un musée parce que je collectionne des voitures depuis maintenant 40 ans. C'est un peu compulsif, mais c'est incurable », confie-t-il. « Il y a beaucoup d'amoureux du sport automobile, je me disais que ne pas en faire profiter le public était criminel. » En 2022, son ami Pierre Fillon, directeur de l'Automobile Club de l'Ouest (ACO), lui a parlé de rénover le musée des 24 Heures, et ils se sont associés. Richard Mille n'a pas seulement prêté ses voitures, comme ses nombreuses Formule 1 : « On a été pourvoyeurs d'idées et de concepts, on a très bien travaillé avec les scénographes. Il fallait rendre ces bolides et ces œuvres d'art ce qu'elles sont dans la réalité, c'est-à-dire dynamiques. »
Retranscrire l'émotion d'un départ au Mans
La première salle plonge les visiteurs dans un rite initiatique. Une Audi R18 e-tron quattro, victorieuse trois années de suite (2012, 2013, 2014), subit un pesage, étape incontournable au centre-ville du Mans avant le début des choses sérieuses. Elle surplombe des voitures plus anciennes : une Ferrari 512 BB LM de 1981, une Mercedes-Benz CLK LM de 1998 ou encore une Bentley Speed 8 victorieuse en 2003. Un écran géant diffuse deux films présentant les procédures de lancement, historique et actuelle. « On veut faire vivre l'émotion d'un départ moderne », affirme Fabrice Bourrigaud. Mission réussie : le bruit, le son, l'adrénaline, tout est fait pour être pris aux tripes.
Quand la nuit s'empare de la course
Un espace est consacré à la nuit au Mans, où trônent trois prototypes dont une Peugeot 908 HDi FAP, lauréate en 2009. La lumière baisse progressivement au milieu d'écrans immersifs et de simulations 3D, pour faire ressentir aux spectateurs la folie d'une accélération à plus de 300 km/h dans la pénombre, sur la ligne droite des Hunaudières. Plus loin, une « matériauthèque » permet de toucher des objets exposés : volants, harnais, pièces en carbone. Deux impressionnants dioramas rendent hommage à des époques révolues du sport automobile.
120 voitures exposées, dont 16 Formule 1
Entre 120 et 130 automobiles, ainsi que quelques motos, sont exposées en permanence. Outre les voitures d'endurance, 16 Formule 1 sont présentées, dont une Ferrari SF-23 pilotée par Charles Leclerc, une Renault d'Alain Prost, et la Mercedes-AMG F1 W09 EQ Power+ avec laquelle Lewis Hamilton a conquis son cinquième titre mondial en 2018. Plusieurs voitures de rallye (WRC), dont une Citroën de Sébastien Loeb, et d'autres disciplines (Indycar, Can-Am) sont également visibles. En coulisses, 500 pièces attendent, issues des collections de l'ACO et de Richard Mille, permettant de renouveler régulièrement les expositions.
Lewis Hamilton, ambassadeur de luxe
« Ce sont des œuvres d'art mécaniques, des tableaux à quatre roues qu'on pose sur le sol au lieu de les accrocher au mur », résume le directeur. « Elles sont pratiquement toutes fonctionnelles, car on veut leur redonner vie lors de certains événements. » Une allée rend hommage aux pilotes légendaires, avec une place particulière pour Michael Schumacher, sept fois champion du monde. Sa légende n'a été battue que par Lewis Hamilton, qui a accepté d'être l'ambassadeur du M24.



