Face à l'expansion de Bolloré, un appel à l'action politique pour sauver l'édition
Dans une tribune percutante, Serge Raffy, journaliste et essayiste, ancien rédacteur en chef du Nouvel Observateur, sonne l'alarme. Il interpelle directement les élus de la nation pour qu'ils engagent un grand débat à l'Assemblée nationale. L'enjeu ? Contrer l'influence grandissante du milliardaire Vincent Bolloré dans le paysage éditorial français, une influence qu'il juge dévastatrice et idéologiquement marquée.
Fayard et Grasset : des prises de contrôle qui font trembler l'édition
L'auteur décrit la récente mainmise sur les éditions Fayard, fondées en 1857, comme un « petit cataclysme ». Il dénonce une « annexion » légale mais idéologique, opérée par une équipe financée par Vincent Bolloré, propriétaire du groupe Hachette. Pour Raffy, l'objectif affiché de Bolloré est clair : favoriser l'accession au pouvoir du Rassemblement national en 2027.
Le paysage s'assombrit davantage avec le départ forcé d'Olivier Nora, patron des éditions Grasset. Poussé vers la sortie par le milliardaire breton, son crime fut d'avoir mal accueilli le parachutage de Boualem Sansal, devenu une figure médiatique des sphères Bolloré. Ces deux événements signalent, selon l'essayiste, une cote d'alerte largement dépassée pour tous les démocrates.
La défense individuelle des auteurs : nécessaire mais insuffisante
Face à cette offensive, certains auteurs ont choisi de défendre leurs droits moraux, demandant à récupérer leurs œuvres auprès de la nouvelle direction de Fayard. Serge Raffy salue cette démarche « louable et légitime » pour protéger l'image de chacun. Cependant, il estime cette stratégie de désengagement individuel totalement insuffisante pour prévenir le danger.
« La fuite ne sert à rien, disait Paul Nizan, si je me bats, la peur s'évanouit. » Citant l'écrivain, Raffy appelle à ne pas se contenter de quitter des maisons devenues « toxiques ». Dans l'hypothèse d'une victoire de l'extrême droite en 2027, la situation devient, selon lui, « de plus en plus dangereuse pour nos libertés ». D'autres bastions de l'édition pourraient subir de semblables « prises de guerre » idéologiques.
Une proposition de loi pour un bouclier collectif
Comment se prémunir de ces assauts futurs qui visent une mainmise politique sur les éditeurs ? La réponse de Serge Raffy est institutionnelle. Il propose aux députés et sénateurs d'élaborer une loi spécifique pour protéger l'ensemble du secteur de l'édition des appétits des « nouveaux prédateurs ».
Cette loi pourrait s'inspirer du modèle de la presse et envisager la création d'une société des auteurs-éditeurs. Cette entité collective exercerait un droit de veto sur la nomination de toute direction susceptible de modifier radicalement la ligne éditoriale historique d'une maison. L'objectif est de créer un garde-fou contre les changements imposés pour des raisons purement idéologiques.
Un débat nécessaire malgré les obstacles
L'essayiste reconnaît que ce débat est « semé d'embûches ». Les freins juridiques, les réticences et les peurs sont nombreux, d'autant que la puissance du groupe Bolloré, propriétaire de l'ensemble des titres d'Hachette, constitue un obstacle majeur à une expression libre sur ce sujet.
Malgré cela, il exhorte les élus à ne pas sous-estimer la menace et à « réveiller les consciences avant qu'il ne soit trop tard ». Il évoque la perspective inquiétante d'un axe populiste Washington-Paris-Moscou en 2027, un péril qu'il faut considérer dans le cadre de la sauvegarde des libertés fondamentales. Les exemples de Fayard et Grasset doivent, selon lui, alerter bien au-delà du microcosme de l'édition. « Chers élus, à vous de lancer le débat », conclut-il, dans un appel pressant à l'action législative.



