Une sélection de livres jeunesse pour aborder la mort avec poésie et bienveillance
Chaque semaine, « Sud Ouest » propose une sélection de livres jeunesse parmi les dernières parutions. Ce lundi, la thématique est moins sombre qu'elle n'y paraît : la mort, qui questionne à tout âge mais fait partie intégrante de la vie. Voici trois ouvrages qui traitent ce sujet avec délicatesse, adaptés à différents âges.
Pour les petits : « Billie la petite banshee »
Dans la tradition irlandaise, chaque humain est lié à une banshee, une créature surnaturelle chargée d'annoncer sa mort. Billie est l'une d'elles. Alors qu'elle s'apprête à connaître la date de mort de Rose, l'humaine qui lui a été attribuée, elle est emportée par le courant sans avoir reçu cette précieuse information. Pour accomplir sa mission, elle observe et surveille la petite fille, mais surtout, elle apprend à l'aimer.
Avec ce délicieux conte gothique, Eoin Colfer, auteur du célèbre Artémis Fowl, tisse autour du folklore irlandais une belle histoire d'amitié qui force le destin. Dans un univers floral, rock et délicieusement déjanté à la Tim Burton, la figure de la mort devient une lutine intrépide et bienveillante, défiant les conventions en s'attachant à celle dont elle devait sonner le glas. L'album est finement joué et parfaitement exécuté.
Pourquoi on aime ? Pour les multiples clins d'œil culturels glissés dans les dessins de Steve McCarthy, la (re)découverte de légendes irlandaises, les héroïnes fortes et déterminées, et le pari réussi de faire de la mort le fil conducteur d'un album pour enfant. « Billie la petite banshee », Eoin Colfer et Steve McCarthy, Éditions Pastel, 64 pages, 15 euros. À partir de 5 ans.
Pour les moyens : « À la vie, à la mort »
Que se passe-t-il quand on meurt ? Pourquoi la mort nous effraie-t-elle tant ? Comment traverser un deuil sans se perdre ? Marine Nina Denis, thanadoula, accompagne quotidiennement des personnes en fin de vie et leurs proches. Dans ce guide pratique et bienveillant, elle aborde le délicat sujet de la disparition, du deuil et des rites et émotions associés, offrant des réponses concrètes aux enfants.
Découpé en quatre chapitres et parsemé de témoignages de jeunes, le livre se parcourt d'une traite ou en pointillé, seul ou avec un adulte. Au bout du chemin, une sensation de sérénité prédomine, non parce que la mort peut être vaincue, mais parce qu'elle fait partie intégrante de la vie qui continue.
Pourquoi on aime ? Pour la clarté des explications alternant physiologie, psychologie et rites mortuaires mondiaux, la prise de recul et les conseils rassurants, les illustrations lumineuses de Mikankey, et le support de dialogue intergénérationnel qu'il offre. « À la vie, à la mort - Pourquoi ça fait du bien d'en parler ? », Marine Nina Denis et Mikankey, Casterman, 64 pages, 13,95 euros. À partir de 9 ans.
Pour les grands : « Nous, avant, après »
Avant, il y a deux amies, Mab et Elk, inséparables depuis leurs dix ans, explorant la vie avec curiosité. Après, il y a deux amies, Elk et Mab, inséparables au-delà de tout, traversant le chaos côte à côte. Entre les deux, une fête, une nuit, une route, et un monde qui bascule.
De la vie à la mort, ce court roman avance à pas feutrés avant de vous renverser. Jenny Valentine joue avec le temps et la mémoire, d'une voix singulière traversée d'images inattendues. Son récit fragmenté recompose peu à peu la réalité de Mab et Elk, instillant une inquiétude diffuse et palpable.
Pourquoi on aime ? Pour la qualité d'écriture de Jenny Valentine, récompensée par le Guardian Children's Fiction Price, la poésie folle infusée dans les dialogues, le point de bascule inattendu et impeccablement orchestré, et la réflexion sur les liens humains qui transcendent les drames. « Nous, avant, après », Jenny Valentine, L'École des Loisirs, 208 pages, 14 euros. À partir de 13 ans.



