Invite au Festival international du roman noir (FIRN) a Frontignan les 29 et 30 mai, l'artiste pluridisciplinaire marocain Hicham Lasri a l'art de la controverse. Pour lui, Casablanca coule dans ses veines. "C'est un personnage a part entiere. Je l'ai quittee, j'ai vecu ailleurs, mais cela n'a jamais marche. Elle est la seule qui m'inspire autant, parce qu'il y a en elle une forme de poesie", confie-t-il. Auteur de romans, de pieces de theatre, de bandes dessinees et cineaste, sa mission au FIRN est de "faire partager ce Maroc pop culturel, elargir la perception que l'on peut avoir de mon pays et faire voir les Maroc possibles".
Un regard acere sur la societe
Cet attachement profond n'emousse en rien son regard critique sur la societe, qu'il depeint a travers ses œuvres avec des anti-heros qui ne renoncent jamais a l'espoir. "Chaque societe a ses demons. En France, vous avez Bollore, nous, nous avons le grand frere. Mais il ne faut pas jouer le jeu et se battre pour arriver a s'inventer une identite", precise-t-il. Les titres de ses œuvres annoncent la couleur : "Thank you Satan", "Lenine, reveille-toi, ils sont devenus fous", "L'improbable fable de Lady Bobblehead", "Marroc : faux guide touristique a l'usage des etrangers (interdit aux marocain-e-s)"... On parle volontiers de provocation, mais lui prefere l'ironie. "Je suis dans l'ironie, pas dans la provocation. Apres, ce qui est un peu polemique fouette le sang. C'est sain pour le corps", dit-il avec un sourire.
Faire tomber les tabous
Son pays l'a menace a plusieurs reprises de poursuites judiciaires, mais Hicham Lasri continue, methodique, a faire tomber les tabous un a un : sexisme, radicalisation, manipulation politique, rapport au sacre... "Je dis toujours ce que je pense. Et si ca gene, tant mieux. C'est le signe que ca fait bouger quelque chose. C'est la raison pour laquelle je fais des œuvres therapeutiques qui font mal", souligne-t-il.
Un Maroc complexe et en ebullition
Pas question de reduire le Maroc a une image fige. "Ce que je cherche, c'est de rendre sa complexite. Le Maroc vit un age d'or sur le plan diplomatique, mais il reste a part dans le monde arabe. Cette place un peu fantomatique, c'est ce que j'essaie de decrire a travers la fable", dit-il. Dans ses œuvres, tout y passe : le poids des institutions, la foi, la place de l'homme dans la societe, les fake news, l'intelligence artificielle, les reseaux sociaux, les mensonges politiques et ordinaires. "Je m'exprime sur des phenomenes de societe pour declencher une prise de conscience, inspirer une forme d'audace et donner du courage intellectuel. La premiere visee de la creation est de faire reagir, parce que dans la reaction il y a une emotion", explique l'artiste.
Toucher les jeunes
Il a aussi pour but de toucher les jeunes, "car ils sont les porteurs de la torche. Il faut donc continuer a se battre pour et pas contre les choses, sinon c'est perdu d'avance". L'enjeu est crucial car le Maroc, selon lui, approche d'un grand tournant. "Il y aura un point de rupture en 2030 avec l'organisation de la Coupe du Monde. La societe marocaine est en ebullition et, en meme temps, dans une fuite en avant." Une raison de plus de continuer a interpeller, questionner, bousculer. "Moi, je persiste."



