Gunnar le vampire, Sublet et Génie de Beyrouth : nos coups de coeur BD
Gunnar, Sublet, Génie de Beyrouth : nos coups de coeur BD

« Gunnar le vampire » : un mythe revisité et très humain

« Il sort en plein jour, ne mord pas et fait du vélo, qui nous dit qu’il est un vampire après tout ? », s’interroge un ecclésiastique de Blanleuil-en-Auxois. Effectivement, Gunnar Gunnarson n’a pas le profil classique d’une créature de la nuit. Couturier aux doigts d’or créant des robes pour de riches aristocrates, le « Suédois » est une personnalité émérite et un citoyen apprécié des villageois bourguignons… bien heureux qu’il ne les traque pas pour se repaître de leur sang. Fini le temps des orgies sanglantes et des massacres. Aujourd’hui, le vampire aspire à vivre une paisible immortalité, qui semble tout de même pesante, auprès de son épouse Marthe rattrapée, elle, par la course du temps. Véritable dandy, austère et triste, toujours à croquer un morceau de charbon, « celui qui est et qui n’est pas » est même d’une compagnie très recherchée. Quand l’instituteur le sollicite pour donner des leçons d’histoire du haut de ses 800 ans (le récit se passe en 1910), le curé, lui, l’invite… à la messe. Certes, quelques mauvaises langues se méfient toujours de ce « fils du Diable ».

Le fragile équilibre qui règne à Blanleuil-en-Auxois va voler en éclats lorsque lapins et chats sont retrouvés décapités, siphonnés de leur sang, dans une ferme. Le paysan accuse formellement la « créature de la nuit »… qui au même moment passe aussi dans le viseur du vicaire général du diocèse qui l’estime trop proche de ses ouailles. La situation se tend… sans compter l’irruption de nouveaux personnages qui vont semer zizanie et violence dans le paisible village et menacer l’existence de Gunnar. Avec Gunnar le vampire, Nicolas Dumontheuil revisite avec originalité et brio le mythe vampirique. Sa version est à la fois moderne et par bien des éléments (esthétiques et romantiques) classique… mais surtout profondément humaine. Un vampire peut-il lutter contre sa nature intrinsèque ? Lui, la créature sans âme, peut-il se sentir plus proche des mortels que de ses semblables ? Le lecteur est vite accroché, mordu même, par ce long récit tragi-comique (272 pages), empli de rebondissements et de personnages pittoresques, et qui parfois vire à la farce. Passionnant.

« Gunnar le vampire » de Nicolas Dumontheuil. Dupuis. 272 pages. 29,95 euros.

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« Trois + deux = fiiiiive », une BD d’Alessandra Sublet

L’ex-animatrice et productrice de télévision Alessandra Sublet, désormais romancière, signe avec Trois + deux = fiiiiive sa première bande dessinée (coscénarisée avec Ludovic Danjou). Le sujet des familles recomposées est au centre de cette comédie sociétale à la fois drôle, parfois touchante, menée avec la volonté de trouver le ton juste (le récit n’est pas autobiographique mais sent le vécu) et de parler aussi bien aux grands qu’aux enfants. Justement comment dire à ces derniers que leurs parents, Leila et Julian, respectivement un garçon et deux filles, envisagent de refaire leur vie ? C’est le point de départ d’un premier opus assez mouvementé de cette nouvelle série grand public.

« Trois + deux = fiiiiive. Saison 1 : force à eux ». Scénario Alessandra Sublet et Ludovic Danjou. Dessin Francesca Mainelli. Éditions Dargaud. 10,95 euros. 64 pages.

« Le génie de Beyrouth » : un second volet poignant

Le premier volet du « Génie de Beyrouth » évoquait le miracle libanais littéralement détruit par la guerre civile (début en 1975) et le déchaînement de violence qui allait bouleverser le pays du cèdre. Le second opus débute en juin 1982 au moment où l’armée israélienne assiège Beyrouth-ouest, secteur dans lequel les combattants palestiniens ont trouvé refuge. On y suit Youssef, croisé à la fin du tome 1, qui, devenu journaliste, revient dans son pays sept ans après. La mort, la solidarité, la vie sous les bombardements… le scénariste Sélim Nassib poursuit sa chronique, à la fois personnelle et très documentée, d’un pays martyrisé. Un album qui fait écho à l’actualité, Beyrouth ayant été bombardée début juin par les forces israéliennes en guerre contre le mouvement islamiste Hezbollah et qui occupent, à nouveau, une partie du pays.

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« Le génie de Beyrouth - La fille tombée du ciel ». Tome 2/3. Scénario Nassib Sélim. Dessin Lena Merhej. Éditions Dargaud. 112 pages. 23,95 euros.