Le sociologue Edgar Morin s'est éteint le 29 mai 2026 à l'âge de 104 ans. Installé à Montpellier depuis 2018, ce Parisien atypique laisse une œuvre qui a profondément marqué la sociologie moderne. À cheval sur deux siècles, il a fait évoluer le regard sur l'être humain en faisant dialoguer les disciplines.
Un parcours hors norme
Né le 8 juillet 1921 à Paris, Edgar Nahoum avait survécu à un avortement manqué et à un étranglement par son cordon ombilical. Fils de marchands juifs non pratiquants de Salonique, il perd sa mère avant dix ans. Engagé dans la Résistance communiste en 1942, il adopte le pseudonyme de Morin presque par hasard. Après la guerre, il devient lieutenant dans les forces françaises combattantes et publie L'An zéro de l'Allemagne.
Une méthode révolutionnaire
Entré au CNRS en 1950, Morin bénéficie d'une liberté totale pour élaborer sa méthode : naviguer entre les disciplines. Il organise des colloques comme celui de Royaumont en 1972 sur l'unité de l'homme. Son œuvre majeure, La Méthode (1977-2004), en 2000 pages, prône la transversalité contre le réductionnisme. Il publie aussi Le Paradigme perdu où il oppose l'interaction culture-évolution au darwinisme strict.
Un penseur engagé
Après avoir quitté le Parti communiste en 1951, il s'engage contre la guerre d'Algérie. Dans L'Autocritique (1959), il réaffirme son questionnement permanent. Il invente le terme « yé-yé » en 1963 et devient plus tard un chantre de la mondialisation raisonnée, en lien avec Pierre Rabhi.
Un héritage durable
Malgré une ostracisation académique, Morin a essaimé ses idées. « Certains m'ont condamné, d'autres m'ont compris », confiait-il en 2019. Il laisse une pensée pour éclairer le chemin, lui qui se définissait comme un « humanologue » indiscipliné. Ses obsèques auront lieu à Montpellier.



