Le marché du livre face à la morosité de janvier
Où sont passés les lecteurs ? Un simple tour d'horizon des ventes de livres suffirait à rendre neurasthénique même le plus optimiste des gourous. On le sait bien, le mois de décembre, avec Noël en ligne de mire, constitue traditionnellement une période prospère pour les libraires, avant le retour inévitable de la morne plaine de janvier. Les éventuels clients ont fait le plein de nouveautés lors des fêtes de fin d'année, et les sollicitations permanentes des réseaux sociaux les empêchent désormais de s'attaquer aux pavés littéraires, comme les 750 pages de La Maison vide de Laurent Mauvignier. Pourquoi s'embarrasseraient-ils de titres qu'ils n'auront probablement jamais le temps d'ouvrir ?
Les éditeurs contre-attaquent avec des programmes séduisants
Pour contrer cette réalité préoccupante, les éditeurs ont déployé en janvier des programmes particulièrement séduisants, misant sur des auteurs habitués aux succès commerciaux. Seul Pierre Lemaitre parvient véritablement à sortir du lot avec son roman Les Belles Personnes publié chez Calmann-Lévy, qui affiche déjà des ventes impressionnantes de 150 000 exemplaires. En revanche, même des valeurs sûres comme Delphine de Vigan et Mélissa Da Costa se retrouvent en deçà des attentes.
La première a écoulé 50 000 exemplaires de Je suis Romane Monnier chez Gallimard, tandis que la seconde atteint 65 000 exemplaires pour Fauves publié chez Albin Michel. Ces chiffres paraissent modestes quand on rappelle que ces romancières ont déjà franchi le cap du million d'exemplaires vendus (grand format et poche confondus) avec des œuvres comme No et moi et Rien ne s'oppose à la nuit pour Delphine de Vigan, ou Tout le bleu du ciel pour Mélissa Da Costa.
Les déceptions s'accumulent chez les auteurs confirmés
Thomas Schlesser ne réédite pas non plus l'exploit de ses performances passées. Après avoir exploré le monde de la peinture dans le roman-phénomène Les Yeux de Mona (qui a dépassé le million d'exemplaires vendus dans le monde), il réitère l'expérience en vulgarisant cette fois la poésie dans Le Chat du jardinier publié chez Albin Michel. Restera-t-il dans les mémoires comme un simple one-hit wonder ? À son échelle, les 15 000 exemplaires du Chat du jardinier représentent un échec commercial significatif. Certains romans pourtant appréciés par la critique n'en sont qu'à quelques centaines d'exemplaires vendus, sans véritable espoir de décollage.
Les essais : une lueur d'espoir dans un marché atone
Dans ce contexte morose, c'est paradoxalement du côté des essais que se concentrent les succès relatifs. Malgré ses nombreux détracteurs, Patrick Boucheron caracole en tête des ventes avec Peste noire publié au Seuil. On note avec satisfaction la quatrième place de Charlotte Casiraghi et de son essai littéraire La Fêlure publié chez Julliard, un texte mélancolique et fin qui a déjà touché plus de 10 000 lecteurs.
Marion Maréchal, seulement neuvième sur la dernière semaine, ne connaîtra probablement pas les scores de son rival Jordan Bardella. Avec Si tu te sens Le Pen publié chez Fayard, elle totalise environ 12 000 exemplaires vendus. Une curiosité apparaît en quinzième position : la patineuse Gabriella Papadakis et son récit Pour ne pas disparaître publié chez Robert Laffont. Elle y critique sévèrement la Fédération française des sports de glace, ses anciens entraîneurs et son ex-partenaire historique, Guillaume Cizeron.
L'actualité olympique et ses répercussions éditoriales
Guillaume Cizeron, désormais associé à Laurence Fournier Beaudry, vient justement de décrocher l'or aux Jeux de Milan-Cortina grâce à un programme libre sublime qui pourrait convertir à la danse sur glace même les plus réfractaires. Ce succès sportif constitue cependant un revers de médaille pour Gabriella Papadakis, dont les accusations suscitent désormais l'intérêt des lecteurs curieux de comprendre les tensions entre les deux anciens partenaires.
Alors que les Jeux olympiques s'achèvent ce week-end, on attend avec impatience les premiers chiffres de vente du livre de Gisèle Pelicot, Et la joie de vivre publié chez Flammarion, sorti mardi dernier après une campagne promotionnelle d'une ampleur inédite. Dans le contexte actuel, un premier tirage de 150 000 exemplaires paraît particulièrement risqué. Dans notre société à l'attention éphémère, où une actualité en chasse rapidement une autre, la place prise dans le débat public par l'assassinat barbare de Quentin Deranque pourrait-elle faire de l'ombre aux viols de Mazan ? Les premiers éléments de réponse arriveront en début de semaine prochaine.



