Dans une tribune publiée par Libération, l'historien Hervé Mazurel rend un vibrant hommage à Carlo Ginzburg, figure majeure de l'historiographie contemporaine. Ginzburg, connu pour ses travaux novateurs sur la micro-histoire et la culture populaire, est présenté comme un maître de l'estrangement, une méthode qui consiste à déstabiliser les certitudes pour mieux comprendre le passé.
Un pionnier de la micro-histoire
Carlo Ginzburg, né en 1939 à Turin, est célèbre pour son livre Le Fromage et les Vers, qui explore la vision du monde d'un meunier du XVIe siècle. Selon Mazurel, cette œuvre incarne parfaitement l'approche de Ginzburg : donner la parole aux oubliés de l'histoire et remettre en question les grands récits traditionnels. L'estrangement, concept clé de sa méthode, permet de défamiliariser le passé pour en révéler les aspérités et les contradictions.
Une influence durable
Mazurel souligne que l'influence de Ginzburg dépasse largement le champ de l'histoire. Ses travaux ont inspiré des disciplines aussi variées que l'anthropologie, la sociologie et les études culturelles. En insistant sur l'importance des indices et des traces infimes, Ginzburg a ouvert la voie à une histoire par en bas, attentive aux détails et aux marges. Cette approche, écrit Mazurel, est plus que jamais nécessaire dans un monde saturé d'informations et de discours uniformisants.
Un engagement intellectuel
Au-delà de ses recherches, Carlo Ginzburg s'est toujours engagé dans les débats publics, notamment sur les usages politiques de l'histoire. Mazurel rappelle que pour Ginzburg, l'estrangement n'est pas seulement une technique savante, mais aussi une arme critique contre les idéologies et les préjugés. En rendant étrange ce qui semble familier, l'historien peut déconstruire les récits dominants et ouvrir des espaces de réflexion.
Cet hommage de Hervé Mazurel, lui-même historien spécialiste des émotions et des sensibilités, témoigne de la vitalité d'une tradition historiographique qui refuse les évidences. Carlo Ginzburg, à 85 ans, continue d'incarner une certaine exigence intellectuelle, faite de rigueur et de subversion. Sa leçon, conclut Mazurel, est un appel à ne jamais cesser de questionner le monde.



