Bêtises et transgression : trois albums jeunesse à découvrir
Bêtises et transgression : trois albums jeunesse

Des albums pour célébrer les bêtises et l'imagination

Chaque semaine, nous vous proposons une sélection de livres jeunesse parmi les dernières parutions. Ce mardi, nous célébrons les joies de la transgression, du remue-ménage et des fausses bonnes idées… alors place aux bêtises !

Pour les petits : « La très, très bonne idée »

Violette en a marre de la pluie. Ce mauvais temps lui plombe le moral jusque dans les chaussettes. Mais soudain, Violette a une idée. Une très, très bonne idée… C'est décidé, aujourd'hui, elle remet du soleil dans sa vie et si elle ne peut pas aller à la plage, c'est la plage qui viendra à elle… au milieu du salon !

Dans ce petit format acidulé, Noëlle Fages s'amuse de la créativité d'une petite fille solaire, qui donne libre cours à son imagination sans limite… quitte à se laisser – un peu – emporter par son enthousiasme. De page en page, le sourire des enfants s'élargit à mesure que la « très, très bonne idée » grossit… et que Violette repousse encore un peu plus les interdits. Un concentré de malice, qui explore le plaisir de la transgression, en toute innocence, pour rire et profiter des joies brutes de l'enfance.

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Pourquoi on aime ? Pour le cocasse de la situation, qui va crescendo, jusqu'à l'irruption des parents. Pour les petits dessins espiègles et plein de joie de Noëlle Fages. Pour le minimalisme assumé, qui en fait une petite histoire à lire et relire pour rigoler. Pour l'appel au lâcher prise, car si la bêtise est déjà faite, autant en profiter jusqu'au bout !

« La très, très bonne idée », Noëlle Fages, Éditions Marcel et Joachim, 40 pages, 14 euros. À partir de 3 ans.

Pour les petits : « C'est la faute du crocodile »

De la boue sur le canapé, des plantes renversées, de la peinture sur les murs, le bain qui déborde… les parents de Margaux n'en peuvent plus que leur fille enchaîne les bêtises. « C'est la faute du crocodile ! » se défend-elle à chaque fois qu'ils se fâchent. Pourtant, les adultes savent bien qu'il n'y a pas le moindre crocodile dans la maison. N'est-ce pas ?

Avec beaucoup d'humour et un sens du suspens remarquable, l'auteur britannique Kael Tudor joue sur la frontière entre imagination et réalité pour renouer les liens un peu distendus entre une petite fille et ses parents. Au fil des pages, le crocodile incarne la pulsion, l'excuse, le secret et enfin… la confiance retrouvée. Un album hilarant, que les enfants prendront un plaisir certain à parcourir, mais qui fait rire autant que réfléchir sur le mensonge, la vérité, et les relations parents/enfants.

Pourquoi on aime ? Pour le bonheur de chercher le crocodile, que les parents ne voient décidément jamais ! Pour la déclinaison maligne de « l'ami imaginaire » de l'enfance, version gros monstre maladroit. Pour les dessins pétillants et expressifs de l'illustratrice anglaise Isobel Lundie. Pour le twist final, qui donnera une petite sueur froide aux parents à la première lecture avant le dénouement !

« C'est la faute du crocodile », Kael Tudor et Isobel Lundie, Flammarion Jeunesse, 32 pages, 13,90 euros. À partir de 4 ans.

Pour les moyens : « Lotta la filoute » et « Lotta sait tout faire »

Lotta a un tout petit peu plus de quatre ans, un caractère bien trempé et une certitude : elle sait tout faire mieux que les grands. Alors, quand elle se fâche, elle déménage chez la voisine avec son cochon en peluche, quand elle envie son frère et sa sœur, elle s'invente une vie « en cachette », et lorsqu'un problème surgit, elle trouve toujours une solution à sa façon. Au fil de ses humeurs, dans sa petite rue suédoise des années 1960, chaque journée devient une aventure.

Dans cette duologie (« Lotta la filoute » et « Lotta sait tout faire »), la créatrice de Fifi Brindacier Astrid Lindgren (ponte de la littérature jeunesse multirécompensée à travers le monde) montre une nouvelle fois son immense talent pour écrire à hauteur d'enfant. Dialogues drôles et réalistes, émotions prises au sérieux, bêtises et colères pleinement assumées : Lotta n'est jamais une petite fille parfaite, et c'est ce qui la rend si attachante.

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Éducation scandinave oblige : autour d'elle, les adultes se montrent bienveillants et posent un cadre sans inhiber les découvertes ou les bêtises. Une approche de l'enfance étonnamment moderne (presque à l'opposé des « Malheurs de Sophie », lourds de morale) et qui rappelle par moments le charme suranné et les facéties quotidiennes du « Petit Nicolas ».

Cette belle réédition, accompagnée des illustrations pleines d'énergie de Beatrice Alemagna, redonne toute sa subtilité suédoise à ce classique jeunesse écrit dans les années 1960 mais jusqu'ici uniquement connu chez nous dans une version lissée et très francisée intitulée « Julie et Nicolas ». Un petit bonheur de lecture, tendre, drôle et ardent.

Pourquoi on aime ? Pour la plume fraîche et fluide d'Astrid Lindgren, qui emporte dès les premières pages. Pour le découpage en plusieurs petites histoires, à lire à la suite ou indépendamment. Pour le bain de culture dans la Suède des années 1960. Pour la thématique et le ton, accessibles dès 5 ans en lecture partagée et 7 ou 8 ans en lecture autonome.

« Lotta la filoute » et « Lotta sait tout faire », Astrid Lindgren et Beatrice Alemagna, Éditions Versant Sud, 144 pages (tome I) et 96 pages (tome II), 11,90 euros et 10,90 euros. À partir de 7 ans.