Annick Cojean : « La BD apporte beaucoup de nuances, de subtilité et d'émotion »
Souriante derrière une pile de livres, Annick Cojean prend le temps d'échanger avec ses lecteurs à la Fête du livre d'Hyères. L'occasion d'évoquer son travail autour de la bande dessinée, un médium qu'elle utilise désormais pour transmettre l'histoire aux plus jeunes.
« La Marche des femmes » : un dialogue intergénérationnel
Dans La Marche des femmes, coécrit avec Sophie Couturier et Emma Ère, Annick Cojean met en scène la grande historienne Michelle Perrot, pionnière de l'histoire des femmes, dialoguant avec une adolescente d'aujourd'hui. « C'était formidable de faire de Michelle un personnage de bande dessinée, alors que ce n'est pas du tout dans sa culture », confie la journaliste. Ce dialogue intergénérationnel permet de raconter les combats pour le droit à l'instruction, au vote et à l'émancipation.
Lutter contre l'invisibilisation des femmes
L'ouvrage aborde la manière dont la langue française a été construite pour minimiser le rôle des femmes. « Comment la règle “le masculin l'emporte sur le féminin” – qui n'existait pas auparavant – s'est imposée sous l'impulsion d'un grammairien qui affirmait que “le genre le plus noble est forcément le genre masculin” », explique Annick Cojean. À travers les pages, les deux héroïnes traversent Paris et croisent des figures historiques comme la comtesse de Ségur, George Sand, Gisèle Halimi ou Simone Veil. Elles évoquent aussi la situation contemporaine des femmes dans le monde, notamment en Afghanistan et en Iran, ainsi que des figures comme Gisèle Pelicot.
La BD, un outil de transmission
Prix Albert-Londres en 1996 pour sa série Les Mémoires de la Shoah, Annick Cojean utilise de plus en plus la bande dessinée pour toucher les jeunes générations. « Pour éclairer le présent, il faut comprendre d'où l'on vient. Quand le dessin est bien utilisé, c'est un merveilleux soutien », affirme-t-elle. D'abord réticente, elle a changé d'avis dès son premier livre adapté sur Simone Veil. « J'avais peur que la BD soit caricaturale. Mais pas du tout. Elle apporte beaucoup de nuances, de subtilité et d'émotion. » Son travail sur la Shoah a également été adapté en bande dessinée. « Il est plus important que jamais de transmettre cette histoire. Si on peut le faire par le dessin, il faut le faire », conclut-elle.



