Les Bourbon-Siciles ne gardent pas un très bon souvenir du palais de l'Élysée. À l'heure où Maria Carolina fréquente Jordan Bardella, qui pourrait se présenter demain à la présidentielle, la saga de l'une de ses lointaines ancêtres vient soudain raviver de douloureux stigmates. Car il y a deux siècles, une autre jeune princesse venue de Palerme faisait soudain la une de la presse française en s'installant à l'Élysée : Marie-Caroline, fille de François Ier des Deux-Siciles, choisie pour être l'épouse du duc de Berry, fils du futur roi Charles X et grand espoir de la couronne de France. Une romance qui commença comme un conte de fées mais qui finit en tragédie sanglante.
La Restauration et le mariage princier
À l'époque, la France connaît la Restauration, c'est-à-dire le retour des Bourbons après la chute de Napoléon Ier et de son empire. Louis XVIII, le frère de Louis XVI, règne sur le pays ; il n'a pas d'enfant, tous les espoirs reposent donc sur la descendance de son propre frère Charles, et notamment sur celle de son neveu, le duc de Berry. Il faut marier ce dernier, on lui trouve une cousine, la fameuse Marie-Caroline des Deux-Siciles, dont la famille a retrouvé son royaume de Naples après la parenthèse napoléonienne.
Une Lady Di française
Marie-Caroline a seulement 17 ans : elle est ravissante, une fille de la Méditerranée qui va immédiatement conquérir la France et donner un coup de jeune à cette vieille monarchie marquée par les drames de la Révolution. Le régime met en scène son arrivée et son voyage de Marseille à Paris, on distribue son portrait, elle est fêtée comme une reine, sa popularité est immense – semblable à celle que connaîtra, bien plus tard, Lady Di en Angleterre.
Après un mariage grandiose à Notre-Dame de Paris en 1816, elle s'installe avec son mari à l'hôtel de l'Élysée, prêté par le roi Louis XVIII. Non sans avoir procédé à quelques aménagements nécessaires dans un lieu où avait vécu Joachim Murat, celui-là même qui avait usurpé, à Naples, le trône du grand-père de la mariée. Les aigles et les abeilles sont effacés des lieux, les pièces sont luxueusement meublées, une splendide collection de tableaux est mise en place… Le duc de Berry fait même aménager une orangerie pour apporter un petit air méditerranéen dans le logis de sa princesse sicilienne. On installe également des jardinières, que Marie-Caroline peut cultiver avec une petite bêche en argent et un arrosoir de porcelaine.
Le couple aime recevoir, il s'entoure d'une petite cour d'ultras, les bals succèdent aux réceptions dans les brillants salons du palais pendant que Marie-Caroline reçoit des cours de peintures et de piano. Les Berry aiment également s'échapper, incognito, dans les rues de Paris, ou humer l'air des Champs-Élysées, tout proches. Quelques ombres viennent cependant assombrir le tableau, notamment quand la duchesse apprend les infidélités de son mari – Berry a eu deux filles avec une anglaise avant son mariage – et lorsqu'elle échoue à mettre au monde l'héritier tant attendu : seule une petite fille, Louise, est venue agrandir la famille.
Meurtre à l'Opéra
Le 13 février 1820, c'est le drame : son mari le duc de Berry est assassiné par un ouvrier bonapartiste lors d'une soirée à l'Opéra, rue de Richelieu. Le coup de lame a été porté près du cœur, les médecins sont impuissants, le duc met plusieurs heures à agoniser devant son épouse, et toute la cour est accourue à son chevet. Avant de sombrer, il a le temps de faire une révélation : sa femme est enceinte, il le certifie, elle porte l'espoir de la dynastie. Pour Marie-Caroline, le retour à l'Élysée est un véritable calvaire : trop de souvenirs, trop d'émotion, elle croit voir l'image du duc partout dans ces pièces où ils ont vécu heureux. Elle coupe ses tresses pour les faire placer dans son cercueil et abandonne son palais pour aller vivre aux Tuileries, près du roi. Elle accouche d'un garçon, Henri, vite baptisé « l'enfant du miracle » par la presse monarchiste. Il deviendra le fameux comte de Chambord, celui qui faillit devenir roi de France à la chute de Napoléon III. Mais la IIIe République finira par s'imposer au Parlement. Quant à Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, après une vie peu commune, elle mourut en exil en 1870, dans son château de Brünnsee, en Autriche.



