« De la Comédie-Française », la mention obligatoire après le nom des comédiens pensionnaires ou sociétaires de l’illustre institution lorsqu’ils travaillent en dehors, devient ici le titre d’un film qui met en scène l’intégralité de la troupe du Français. Le film se déroule dans les coulisses de la salle Richelieu, au cœur du Palais-Royal, et promet une cascade de galères hilarantes.
Une première sous tension
Dans trois heures, c’est la première du « Macbeth » de Nina Cardi, pensionnaire de la Comédie-Française, qui signe sa toute première mise en scène. Mais les dieux et les éléments semblent s’être ligués contre elle. Elle a oublié son badge, et le gardien particulièrement tatillon (Guillaume Galienne) lui refuse l’accès. Sa comédienne principale, partie sur un tournage rémunérateur, est coincée en Bretagne. La ministre de la Culture s’est invitée à la dernière minute, rendant l’annulation impossible. Nina doit remplacer l’actrice au pied levé.
Une cascade de galères
Conciliante, limite trop gentille, Nina s’autodésigne mais doit encore gérer un adultère au sein de la troupe, une doyenne à la gestion du trac fumeuse, un régisseur psychorigide et pédant, une maquilleuse néophyte aux ambitions artistiques décalées… La liste est non exhaustive. Comme le disait Chirac, « Les emmerdes, c’est comme les cons, ça vole en escadrille ». Ce concentré de galères sur un seul soir de première fait le sel de la comédie.
Un duo de réalisateurs expérimentés
« De la Comédie-Française » est l’œuvre de Bertrand Usclat et Martin Darondeau, un duo qui s’y entend en parodie pour avoir signé le programme court « Broute », auquel participait déjà Pauline Clément, ainsi que « Moitié.e.s » dont elle tenait la vedette. La comédienne, à la drôlerie gracieuse, est également créditée comme coscénariste. Avant d’écrire leur histoire, le duo et elle avaient interrogé une dizaine de comédiens de la Comédie-Française, récoltant moult informations et anecdotes. Si le film sonne aussi vrai, c’est sans doute parce qu’il est « inspiré de faits réels ».
Une comédie universelle
Supérieurement joué et mené tambour battant, la musique de Clément Ducol reprend la palpitation percussive de « Birdman ». Le film enchaîne les scènes comiques et les dialogues savoureux. Si en salle on attend Shakespeare, en coulisses, c’est plutôt Feydeau qui régale. Egos, désirs, manies, travers, trouilles, lutte des classes (traduite par l’opposition entre artistes et techniciens), dualité du professionnel et du personnel… En dépit de la spécificité du micro-monde prestigieux, la comédie se nourrit de questions universelles. Chacun semble mettre du sien dans la catastrophe annoncée, mais dès lors qu’ils font troupe, le spectacle peut continuer. On a rarement vu un plaidoyer pour la force du collectif aussi drôle.



