The Miniature Wife : une dramédie conjugale à échelle réduite
The Miniature Wife : dramédie conjugale à échelle réduite

Dans The Miniature Wife, tout est une question d'échelle. Qui n'a jamais eu l'impression de rapetisser dans son couple, de s'effacer au profit de l'autre ? C'est ce que vit Lindy Littlejohn (Elizabeth Banks) dans cette dramédie diffusée sur Peacock aux États-Unis en avril et qui débarque en France sur Canal+ ce jeudi, avec ses dix épisodes disponibles d'un coup.

Une métaphore conjugale littérale

Autrice auréolée d'un Pulitzer, Lindy n'a rien publié depuis dix-huit ans, tandis que son mari Les (Matthew Macfadyen), inventeur mégalo, court après le Nobel. Quand le scientifique réduit accidentellement sa femme à la taille d'une poupée avec son rayon miniaturisant - le soir où elle le quitte - la métaphore conjugale devient littérale. La voilà haute de 15 cm, coincée dans la maison de poupée de leur fille.

L'idée vient d'une nouvelle de Manuel Gonzales (2013), vingt pages écrites du seul point de vue du mari. Les créateurs Jennifer Ames et Steve Turner (Boardwalk Empire, Goliath) en ont tiré dix heures en donnant une voix à l'épouse et en creusant jalousie professionnelle, compétition des ego, déséquilibre financier. « Qui ne s'est jamais senti petit dans une relation ? Qui ne s'est jamais senti trop grand ? », résume Jennifer Ames, dans le dossier de presse.

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Une screwball comedy entre rires et grimaces

Son complice Steve Turner enfonce le clou : « Ce sont des âmes sœurs, j'en suis convaincu. Mais après vingt ans de mariage, ils se sont éloignés l'un de l'autre, et c'est là que nous reprenons l'histoire. » Le registre ? Entre La Guerre des Rose et Chérie, j'ai rétréci les gosses : une screwball comedy où l'on rit souvent et où l'on grimace parfois.

Le plaisir visuel du monde miniature

Sur le plateau, un autre défi. Tourné à Toronto, le monde miniature repose sur un ratio de 12 pour 1 que le production designer Maxwell Orgell a résolu avec la « bigature ». Le principe ? Trouver une vraie maison dont l'allure évoque une maison de poupée, en construire la version miniature, puis bâtir une réplique grandeur nature de cette maison de poupée – le plateau où Elizabeth Banks évolue réellement, entourée d'objets géants.

Le résultat est d'une précision maniaque jusque dans ses imperfections volontaires : « Le sol est pixélisé, comme imprimé sur une imprimante domestique. Nous avons mis en valeur toutes les moulures des murs ; ainsi, au lieu d'avoir du relief, elles sont plates, imprimées, écaillées et pixélisées », explique Maxwell Orgell.

Les accessoires surdimensionnés sont l'un des plaisirs de la série. « J'ai été stupéfaite par ce qu'ils étaient capables de créer. Que ce soit un rouge à lèvres aux deux tiers de ma taille, ou une télécommande ou un téléphone plus grands que moi, c'était formidable d'avoir des choses à toucher, manipuler, tenir », se réjouit Elizabeth Banks.

Jennifer Ames cite les escaliers Lego – « ils représentent la liberté » – Steve Turner préfère la tasse à cappuccino géante où Lindy s'assoit pour siroter son café face à Les, qui boit le sien à taille normale.

Autre décor marquant : le diorama de Noël que Lindy explore et qui, comble de l'ironie, ne fonctionne pas non plus à son échelle miniature : « Les objets et les structures sont trop petits même pour une personne de quinze centimètres, s'amuse Maxwell Orgell. Dans la gare – que nous avons conçue d'après Union Station à Saint-Louis –, les personnages ont l'air énormes parce que la structure elle-même est trop petite. » Un plaisir visuel que la série dilue parfois dans des sous-intrigues superflues.

Des acteurs qui ne se donnent pas la réplique

Elizabeth Banks et Matthew Macfadyen n'ont presque jamais partagé le plateau. Lui parlait à une croix au sol, elle évoluait sur fond vert. « Si Matthew avait déjà tourné ses répliques, je devais m'y conformer exactement, explique Elizabeth Banks. Nous avons lu chaque épisode ensemble pour savoir d'où nous partions. » Matthew Macfadyen confie : « Parfois, le regard de l'autre me manquait – surtout quelqu'un d'aussi brillant qu'Elizabeth. » L'écho avec la fiction est presque trop parfait : deux acteurs séparés pour incarner deux époux qui ne parviennent plus à se voir.

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Pour « penser petit », Elizabeth Banks a développé un rituel précis : « On ne peut pas jouer la petitesse. On joue le fait que tout est au-dessus de vous, que tout est effrayant. Il m'a fallu un moment pour m'habituer à ce vertige inversé – l'impression que tout allait me tomber dessus au lieu que je tombe de quelque chose. »

Matthew Macfadyen cite Kevin Kline, Steve Martin et Bill Nye, le célèbre vulgarisateur scientifique américain, dont le charisme a influencé la gestuelle de son personnage, comme inspirations. Les deux sont la meilleure raison de voir la série.

Une série à la hauteur ?

The Miniature Wife est-elle à la hauteur ? Le concept s'étire dans un milieu de saison encombré. En d'autres temps, cette nouvelle de vingt pages aurait fait un épisode magistral de La Quatrième Dimension ; l'économie des plateformes exige aujourd'hui d'en tirer dix heures. Mais quand elle revient au face-à-face brut entre Les et Lindy – ou ose un flash-back lumineux sur leur mariage vingt ans plus tôt –, elle retrouve sa juste taille.