Sukkwan Island : thriller glaçant en terre hostile
Sukkwan Island : thriller glaçant en terre hostile

Un père et son fils sur une île isolée du Grand Nord : l'expédition tourne au cauchemar. Thriller efficace dans une nature splendide, le film Sukkwan Island de Vladimir de Fontenay explore les limites de la relation filiale.

Un huis clos en pleine nature

Tom (Swann Arlaud) et Roy (Woody Norman), père et fils, ont gravé leurs prénoms dans le bois d’une poutre du petit chalet où ils viennent de s’installer, dans une île perdue du Grand Nord. Inséparables, du moins Tom en rêve-t-il, lui qui n’a jamais supporté la rupture avec la mère de Roy. Il est fou de joie de renouer avec son ado de 13 ans, à la faveur de cet exil de quelques mois. Seuls au monde, en contact direct avec une nature grandiose, il pense à un sain retour à l’essentiel. En cas d’imprévus, il se prépare en étudiant des manuels de survivalisme.

Sa joie excessive suscite d’emblée un malaise. La neige, la glace, les paysages sont splendides mais le cinéaste Vladimir de Fontenay ne les appréhende jamais comme une carte postale. Eux aussi ont quelque chose de trouble, de menaçant. Une sauvagerie prête à engloutir ces deux pauvres humains.

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Adaptation d'un roman de David Vann

Les conditions extrêmes et l’isolement ne tardent pas à mettre la relation du père et du fils à l’épreuve. L’escapade tourne au cauchemar. Tom perd pied, s’accroche à son rêve jusqu’à la folie. L’enfant, c’est lui. Dans ce second long-métrage après Mobile Homes (2017), Vladimir de Fontenay adapte un roman de David Vann, publié en 2009. Un gros succès en librairie, dont il restitue parfaitement la tension suffocante.

Le thriller efficace (Tom et Roy vont-ils réchapper de cette expédition ?) se double du portrait passionnant d’un père qui surinvestit cette relation filiale pour évacuer ses propres échecs, surmonter des failles auxquelles son fils est étranger. Il se croit aimant, pense faire le bien, devient toxique, aveugle au mal qu’il cause, et déraille. Il ne regarde pas vraiment son fils, mais plutôt lui-même à travers son fils.

Une interprétation remarquable

Swann Arlaud et Woody Norman sont d’une justesse à chaque plan. Un regret : la construction du récit, inutilement alambiquée, qui fonctionne plus en allers-retours que sur un mode chronologique. Sukkwan Island, de Vladimir de Fontenay, avec Swann Arlaud, Woody Norman, 1 h 55, sortie le 29 avril.

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