« Par le pouvoir du crâne ancestral, je détiens la force toute puissante ! » Visiblement pas assez puissante pour ramener Musclor au sommet. Les Maîtres de l'univers, l'adaptation live action de la franchise Mattel avec Nicholas Galitzine en héros et Jared Leto en Skeletor, débarque ce mercredi en France en streaming sur Prime Video sans passer par la case cinéma. Ce film de fantasy n'a rapporté que 114 millions de dollars de recettes au box-office mondial pour un budget d'au moins 170 millions.
Pourquoi le colosse blond ne retrouve-t-il plus la hype des cours de récré des années 1980 ?
Musclor, un héros musclé né par défaut
Musclor, alias He-Man en VO, est né par défaut. En 1976, Mattel laisse filer les droits des jouets Star Wars à Kenner. Au début des années 1980, à la traîne sur le marché des figurines pour garçons, le géant de Barbie lorgne sur Conan le Barbare, mais les droits sont trop chers. Mattel bricole son propre héros musclé, en mode « Conan-like » assumé. Musclor est l'alter ego viril et bodybuildé du timide et de rose vêtu prince Adam, qui défend les secrets du château des Ombres et la planète Eternia contre les forces du redoutable sorcier Skeletor. Chez Mattel, personne n'y croit vraiment.
« Quand la direction nous a donné le feu vert pour lancer la gamme, on avait mis dans nos prévisions environ 12 millions de dollars de ventes », se souvient l'ancien vice-président marketing de Mattel, Joe Morrison, dans Slashfilm. « Les jouets ne sont sortis qu'en mai cette année-là, et on a fini par faire 32 millions. »
Quand Musclor battait Barbie
Lancée en 1982, la gamme de jouets connaît « un tel succès dès ses premières années qu'elle dépassa brièvement les ventes de Barbie – le jouet le plus vendu de Mattel – au milieu des années 1980, atteignant 400 millions de dollars de chiffre d'affaires lors de son année record » en 1986, selon Britannica.
Un succès soutenu par des bandes dessinées et surtout la série animée originale du studio Filmation. Musclor et les Maîtres de l'univers, lancée en 1983 aux États-Unis et diffusée en France en janvier 1984 dans Récré A2, propulse Musclor au firmament. « On a changé la face de la télé ! On a un carton monumental ! », se souvient Erika Scheimer, fille du patron de Filmation, dans SYFY Wire.
Un colosse aux pieds d'argile
Musclor est un colosse aux pieds d'argile. Dès 1987, les revenus s'effondrent à 7 millions de dollars. Le marché est saturé de figurines, la série Filmation s'est arrêtée en 1985, privant les jouets de leur plus grand spot publicitaire. Et le premier long métrage porté par Dolph Lundgren, sorti la même année, achève la franchise : un flop artistique et financier, devenu depuis nanar culte. Musclor rentre au placard.
Le film de 2026 n'est pas la première résurrection tentée. Ni la série dérivée She-Ra, la princesse du pouvoir (1985), ni la suite futuriste He-Man, le héros du futur (1990), ni la refonte animée de 2002 ne relancent la machine.
Même les revivals Netflix orchestrés par Kevin Smith – Révélation en 2021, Révolution en 2024 – virent à la guerre culturelle, « review bombée » par des fans furieux de voir Musclor mourir dès le premier épisode au profit de Teela, la guerrière. « Vous croyez sérieusement que Mattel Television, qui m'a embauché et payé, voulait un Maître de l'univers sans Musclor ? », réplique Kevin Smith dans Variety. La « commu » Musclor se réduit désormais à quelques boomers qui collectionnent des figurines.
Un mâle alpha mal calibré pour son époque
Le constat est cruel. Selon Deadline, seuls 4 % des spectateurs du week-end d'ouverture aux États-Unis avaient moins de 12 ans, quand les plus de 35 ans en représentaient 57 %, et le public était masculin à 68 %. À l'ère post-#MeToo, faute de nouveau public, la franchise vieillit avec sa base, la Gen X. Musclor ressurgit au moment précis où la manosphère prospère et où le « looksmaxxing », cette tendance qui pousse les jeunes hommes à « optimiser » leur physique comme une machine, cartonne sur TikTok. Le thérapeute Jason Fierstein résume dans Healthline : « C'est reframer le physique masculin comme quelque chose qui s'ingénierie. »
Sur le papier, un héros aux biceps disproportionnés devrait donc faire un tabac. Sauf que le réalisateur Travis Knight assume vouloir déconstruire la masculinité toxique de Musclor et tourner en dérision les vieux codes virils des années 1980. Un pari qui affaiblit le film, selon la critique. « Le ridicule ne tue pas. En revanche, vouloir constamment se moquer du ridicule peut finir par affaiblir une œuvre », tranche Thomas Thivierge dans les colonnes du média canadien Le Soleil.
Le film rate ses deux publics cibles : les vieux mecs nostalgiques et les jeunes hommes obsédés par la culture du corps. Ironie de l'histoire : en 1986, Musclor battait Barbie. En 2026, Barbie, qui a su s'adapter à son époque, règne au box-office, quand Musclor sort en catimini en streaming.



