Mathias Moncorgé évoque son père Jean Gabin au festival de Redessan
Mathias Moncorgé parle de Jean Gabin à Redessan

Mathias Moncorgé, fils de la légende du cinéma français Jean Gabin, sera l'invité d'honneur du 12e festival du cinéma argentique de Redessan, dans le Gard, le 1er août. Il assistera à la projection de L'Âge ingrat (1964), un film où son père donne la réplique à Fernandel. Dans un entretien, il revient sur les liens entre les deux monstres sacrés, la personnalité de son père et sa propre vie dédiée aux chevaux.

Un film spécial tourné avec des proches

L'Âge ingrat n'est pas le plus connu des films de Jean Gabin, mais il occupe une place à part dans son cœur. « C'est un film spécial, explique Mathias Moncorgé. Papa et Fernandel voulaient faire un film tous les deux, et ne tourner qu'avec des gars avec lesquels ils voulaient travailler, techniciens compris. C'est à ce moment qu'ils ont créé la Gafer, leur société de production. » Une initiative davantage portée par Fernandel, « un homme d'affaires », tandis que Gabin n'était pas féru de gestion. « C'était son copain, donc ils l'ont fait ensemble », ajoute-t-il.

Le film met en scène deux pères de futurs époux, interprétés par Gabin et Fernandel, dont la rencontre donne lieu à des dialogues savoureux signés Pascal Jardin. « Je crois que les dialogues sont de Pascal Jardin », précise Mathias. Cette collaboration survient à une époque où Gabin s'était fâché avec son dialoguiste attitré, Michel Audiard.

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Une amitié indéfectible avec Fernandel

Les liens entre Gabin et Fernandel dépassaient le cadre professionnel. « Il y en avait un du Midi et un du Nord, résume Mathias. Ils ont débuté ensemble, se sont connus dans le music-hall et ont eu le même parcours. » Fernandel était l'un des rares membres du monde du cinéma à se rendre au domicile familial, à Neuilly. « Parmi ceux qui venaient, il y avait lui, Lino [Ventura], Gilles Grangier, Michel Audiard, Louis Verneuil, Pascal Jardin... Avec Fernandel, c'était vraiment des relations de famille. Quand il est mort, papa était effondré. »

Un père présent et protecteur

Interrogé sur le père qu'était Jean Gabin, Mathias Moncorgé répond sans hésiter : « Un père comme tous les enfants rêveraient d'en avoir. On a eu cette chance d'avoir un papa et une maman très présents. Il y avait une vraie frontière entre la vie de famille et son travail. La vie de famille, il ne fallait pas y toucher, c'était très important. » Cette priorité se traduisait par des choix de calendrier stricts : « Il ne tournait pas entre les fêtes et le 15 janvier, il s'arrêtait aux vacances de Pâques et pareil du 15 juin au 15 septembre. On a eu des parents, une famille, des vacances, tout à fait normales. »

Le garçon ne réalisait pas pleinement la célébrité de son père. « À l'école, on ne nous parlait pas souvent de notre père parce que notre nom de famille, c'est Moncorgé, pas Gabin. Ils ne faisaient pas le rapprochement. On a commencé à comprendre qui était papa à 10-11 ans. »

Une vie dédiée aux chevaux de course

Contrairement à son père, Mathias Moncorgé n'a pas fait carrière dans le cinéma. C'est l'élevage de chevaux de course qui l'a passionné, une passion héritée de son grand-père. « Papa, pour lui faire plaisir, a commencé à avoir une écurie de chevaux de course qui lui a coûté beaucoup d'argent. Plus tard, maman a vendu la propriété. Moi j'ai repris un haras et je m'y suis mis à fond », raconte-t-il. Cette activité a occupé sa vie de ses 14-15 ans à aujourd'hui.

Faire vivre l'œuvre de Jean Gabin

Aujourd'hui, Mathias Moncorgé se consacre à préserver la mémoire de son père. Il a été président du musée Jean Gabin à Mériel (Val-d'Oise) et continue d'apprendre sur sa vie. « Par exemple, il y a plus d'un an, le maire de Grenouillé, un petit village près de Royan où il a été cantonné pendant la guerre, nous a appris qu'il avait été accueilli par le maître d'école. Et que depuis, chaque année, il faisait un chèque pour l'école du village. »

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La relève par le petit-fils Alexis

Si Mathias n'a pas embrassé la carrière d'acteur, son fils Alexis, lui, a choisi les planches. « Ça a sauté une génération ! s'exclame-t-il. Ça lui est venu vers 7-8 ans. Un jour, il a demandé à sa maîtresse de jouer une pièce pour Noël et ça ne l'a pas quitté. » Après une licence de sciences politiques, Alexis Moncorgé s'est lancé dans le métier. Il joue actuellement au théâtre La jalousie de Sacha Guitry, avec une cinquantaine de représentations programmées en 2027.

Les films préférés de Mathias

Interrogé sur ses films favoris de Jean Gabin, Mathias distingue deux périodes. Avant-guerre, il cite La Grande illusion et Le jour se lève. Après guerre, il mentionne un film moins connu, Le tonnerre de Dieu, « fait sur mesure pour papa, j'aime le personnage, il est formidable, et il y a beaucoup de similitude avec papa dans ce rôle ». Il ajoute La Horse, où Gabin joue un paysan, « un des films préférés des Français » malgré un accueil hostile de la part de la corporation de l'Orne à l'époque. Quant à Un singe en hiver, « c'était son préféré à lui ».

Informations pratiques sur le festival

Le festival du cinéma argentique de Redessan se tient dans la cour des écoles, au 2 avenue du 19-Mars 1962. Des animations sont prévues dès 19 h, avec restauration et concerts. Tarifs : entrée simple 6 €, pass festival (tous les jours + adhésion à l'association) 15 €, moins de 6 ans 3 €.