L'acteur Mark Ruffalo, actuellement à l'affiche de « Spider-man : Brand New Day » dans le rôle de Hulk, a été accusé d'antisémitisme par un porte-parole de la Paramount après avoir critiqué les activités de la famille Ellison en Israël. La passe d'armes intervient dans un contexte hollywoodien très tendu, marqué par le projet de rachat de la Warner Bros par la Paramount, détenue par la famille Ellison.
Des accusations jugées « consternantes et malhonnêtes »
Dans des stories Instagram désormais disparues, selon « Le Parisien », Mark Ruffalo a accusé Larry Ellison, fondateur d'Oracle, et son fils David Ellison, PDG de la Paramount, de donner « du pouvoir à certaines des forces les plus destructrices et inhumaines au monde ». L'acteur aurait rapproché les activités du géant américain de la tech en Israël et la guerre à Gaza, qu'il qualifie de « génocide » reposant sur un « système d'apartheid ».
En réponse, un porte-parole de la Paramount, cité par « The Hollywood Reporter », a déclaré : « Comme toujours, nous sommes profondément troublés par l'utilisation de stéréotypes antisémites dans le cadre d'un prétendu différend commercial. » Ajoutant que « des termes comme génocide et apartheid, appliqués à une transaction commerciale, sont non seulement inacceptables, mais constituent un pas de trop et banalisent les souffrances bien réelles qu'ils sont censés décrire ».
Mark Ruffalo a rejeté fermement cette accusation dans un long post publié sur X le samedi 22 août. « L'accusation selon laquelle je serais antisémite est consternante et fondamentalement malhonnête », a-t-il réagi. Il a expliqué : « Critiquer les actions du Premier ministre israélien, un contrat de technologie militaire ou les dirigeants qui le fournissent n'est pas la même chose que critiquer le peuple juif. » Il a ajouté que « ce dialogue, pourtant critique et nécessaire, est ensuite malhonnêtement présenté comme étant anti-israélien ».
Une fusion contestée de toutes parts
Cette passe d'armes s'inscrit dans la guerre culturelle qui se joue à Hollywood autour du rachat du studio Warner Bros par la Paramount de David Ellison, soutien assumé, comme son père, du président américain Donald Trump. Une fusion critiquée par une large partie des acteurs d'Hollywood, qui s'inquiètent de cette concentration dans les mains de Trumpistes.
Dans son message sur X, Mark Ruffalo, qui avait soutenu Kamala Harris lors de l'élection présidentielle américaine, estime que « cette fusion aura des conséquences concrètes pour le pays tout entier », rappelant que « l'accord de 111 milliards de dollars confierait à une seule famille le contrôle de CNN, HBO et Warner Bros », ainsi que CBS News. Il ajoute : « Examiner les Ellison, y compris […] la menace sérieuse qui pèse sur la liberté éditoriale et la perte de moyens de subsistance pour des milliers de familles, est juste et nécessaire. »
Si « l'opération a été approuvée par les régulateurs de 65 pays, dont les Etats-Unis et la Chine, de même que par l'Union européenne », comme le rappelle David Ellison, l'acteur n'est pas seul dans son combat. La fusion a suscité une levée de boucliers au sein du cinéma américain et de l'industrie médiatique, et a pris une tournure judiciaire. Le syndicat des scénaristes a lancé des poursuites, craignant une moindre concurrence. Une douzaine d'Etats américains ont déposé un recours en justice pour stopper le rachat, estimant qu'il aurait un impact sur la concurrence à Hollywood en mariant deux des cinq plus grands distributeurs de films.
Des conséquences financières et éditoriales
Une juge de Californie a ordonné le 20 juillet dernier la suspension de l'opération le temps d'examiner l'affaire sur le fond, précisant début août que le procès se tiendrait le 2 mars 2027, sur 12 jours. Un problème pour David Ellison, qui s'est engagé à verser 7 millions de dollars par jour aux actionnaires de Warner Bros si la transaction n'est pas menée à bien d'ici le 30 septembre. Soit plus d'un milliard d'ici mi-mars.
Le procureur général de Californie, Rob Bonta, a accusé mi-août Paramount de chantage, après des fuites indiquant que le studio envisage de quitter Hollywood si un accord n'est pas trouvé. De son côté, David Ellison balaie les critiques : selon lui, le total passé en moyenne par les Américains devant les chaînes et services de streaming du futur groupe ne représenterait que 20 % du temps moyen passé devant des écrans, face à la concurrence de Disney, Apple, Amazon ou Netflix. « Cela ne ressemble pas aux chiffres d'une entreprise qui peut décider ce que les spectateurs veulent voir ou pour quoi les écrivains doivent être payés », a-t-il argumenté début août.
Cette acquisition mettra sous le même toit deux des principales chaînes d'information du pays, CBS News et CNN, cette dernière étant une cible récurrente des attaques de Donald Trump. « La vraie question est si on peut me faire confiance en tant que dirigeant de CNN. Des spéculations ont circulé sur mes vues politiques, mes loyautés et mes intentions », a regretté David Ellison. Son bilan du côté de CBS News, dont il a pris le contrôle à l'été 2025, joue déjà contre lui : Paramount a versé 16 millions de dollars à Donald Trump pour solder une plainte concernant un entretien de l'émission 60 Minutes avec Kamala Harris. David Ellison a ensuite confié la direction de l'information à Bari Weiss, éditorialiste connue pour ses critiques de la gauche américaine, dont il avait racheté le site « The Free Press ». Des journalistes de CBS News ont depuis quitté la chaîne ou signé une pétition adressée à leur propriétaire, lui demandant de garantir leur indépendance éditoriale.



