Silhouette dégingandée de flâneur contemplatif, pantalon trop court, démarche élastique : Monsieur Hulot apparaît comme le double comique de Jacques Tati, mime transfuge du music-hall et observateur malicieux des années 1950-60. Dans cette satire légère des mœurs de la bourgeoisie, Hulot part passer ses vacances à Saint-Marc-sur-Mer, une petite station balnéaire près de Pornichet, où il débarque dans une vieille guimbarde pétaradante pour arpenter la plage et, toujours à contretemps des autres, dérégler la bienséance sociale par ses innombrables bourdes.
Un film sans intrigue mais riche en détails
Arc-boutée sur un sujet de société – les congés payés –, dépourvue d’intrigue, ponctuée de petites phrases qui n’appellent jamais de réponses, cette chronique poétique invite à glaner un détail visuel qui n’est pas nécessairement au centre de l’image. L’acmé reste une désopilante partie de tennis où les petits-bourgeois s’avèrent mauvais perdants. Il faut guetter la source des sons : haut-parleurs d’une gare, radio, bruits du ressac, moteur asthmatique du tacot de Monsieur Hulot, claque sur la joue d’un gamin, notes d’une « Marseillaise » qui incite chacun à se lever… pour aller se coucher. Ici, c’est le son qui désigne dans les plans, toujours larges, ce qu’il faut voir.
« Pour comprendre Tati, il faut une agilité de l’œil et un sens de l’humour auditif », résumait Jean-Louis Bory, critique historique du « Nouvel Observateur ».
Un succès international
Distribué à Londres, puis aux États-Unis (à la demande de son auteur, « Monsieur Hulot’s Holiday » y sera projeté sans sous-titres), le film obtient le prix Louis-Delluc en 1953 et fait de Tati une star. Hollywood, où le réalisateur supplante Pagnol dans le cœur des Américains, lui proposera même de tourner un « Hulot à New York », un projet resté lettre morte. Distrait, maladroit, bienveillant, solitaire, pipe éternellement vissée au côté droit de la bouche, ce cher Hulot déambulera néanmoins dans trois autres films : « Mon oncle », « Playtime » et « Trafic ».
Le film dure 1h24 et est diffusé mercredi 1er juillet à 20h50 sur Ciné+ Classic, disponible à la demande sur myCANAL.



