De modeste village de pêcheurs à capitale internationale du cinéma
En plein festival du film, il est bon de se rappeler que Cannes n’a pas toujours été la ville du cinéma. Malgré sa réputation internationale, elle n’oublie pas ses origines ancrées sur une petite colline, le Suquet.
À l’origine, ce n’est qu’un modeste village de pêcheurs qui a vécu sous la domination des moines des îles de Lérins jusqu’au XIIe siècle. D’après les historiens de la ville, les premières traces de Cannes sont confuses. Une seule certitude : le peuple habitait de très simples demeures sur ce qu’il nommait la « colline de Paradis », soit l’actuel quartier du Suquet, issu du provençal suc (tête, sommet), d’où suquet, petit sommet.
Le Suquet : le véritable Cannes historique
Ancienne cité ligurienne, le promontoire fut autrefois ceinturé de remparts dont il ne reste que peu de vestiges, sauf quelques-uns près de Notre-Dame-d’Espérance et au Mont-Chevalier où se trouvait le premier castrum. La bourgade originelle peu étendue surplombait prairies, prés, cultures, bois et mer. En 1370, elle était composée d’une vingtaine de maisons, de la Maison Commune, de l’église et surtout du château, le Castellum Francum (primitivement Castellum Marcellini).
En 1500, la vieille ville ne comportait pas d’escaliers, la plupart des maisons n’avaient qu’un seul étage et les rues étaient toutes en pente, avec un canal au milieu dans lequel on jetait eaux usées et détritus. Au Moyen-Âge, la rue Saint Antoine était la voie centrale permettant aux coches et diligences de pénétrer dans la ville par la porte Saint-Sauveur ; c’est la rue la plus ancienne de Cannes. Il faut attendre le XIXe siècle pour voir de gros travaux d’assainissement, la destruction des maisons en ruines et la réhabilitation du quartier.
Aujourd’hui, avec ses escaliers à pic, ses rampes, ses placettes, ses culs-de-sac, son église et sa butte, le quartier aime à se comparer à un « Montmartre » où les figures locales remplacent peintres, caricaturistes et poètes de la place du Tertre parisienne.
Un patrimoine bâti au fil du temps
Surgissent du passé de nombreux édifices qui racontent l’histoire du Suquet. Notamment les deux anciennes tours, point de mire de la ville. Elles n’ont pas toujours été crénelées et sont datables avec difficulté. Ayant subi les outrages des guerres et des démolitions, elles ont été restaurées à plusieurs reprises. Pour la plus ancienne, la Tour Carrée, on peut envisager une fondation remontant aux XIe-XIIe siècles, sans doute par l’abbé de Lérins Aldebert II. Quant à l’imposant clocher, appelé tour de l’Horloge, élevé sur les vestiges d’un ancien rempart et rattaché à l’église, il était à l’origine une tour dépendante de l’enceinte du château. Ces deux vestiges de tours de défense et de guet ont également servi de prison pendant les temps troublés.
Quant à la première église suquetane, la chapelle Sainte-Anne construite au début de l’an Mil et appelée au Moyen Âge Notre-Dame-du-Puy, elle fut pendant des siècles lieu de culte et de sépultures. Devenue trop exiguë pour contenir la masse des fidèles, il fut décidé d’édifier Notre-Dame-d’Espérance. La construction débute en 1521 sur les deniers des Cannois mais, les travaux arrêtés à cause des invasions de 1524 et de 1536, de la peste de 1580 ainsi que du manque de ressources, ne reprendront qu’en 1628. La réception définitive de l’édifice a lieu en 1642, et l’église sera consacrée le 23 mars 1645.
On trouve aussi, située aux abords du marché de Forville, la chapelle de la Miséricorde, édifiée entre 1598 et 1607 par la confrérie des Pénitents Noirs. À noter encore les nombreux oratoires posés à la croisée des ruelles. Ils servaient de jalons ou signalaient la proximité d’une source comme celui appelé Notre-Dame, qui abrite une vierge à l’enfant et qui est depuis toujours le plus fleuri par les fidèles.
Mais le bâti le plus important reste l’ancien château médiéval des moines de Lérins qui, classé monument historique, est devenu le musée de la Castre. On y trouve, entre autres, une collection remarquable d’antiquités égyptiennes, phéniciennes, grecques, étrusques et romaines.
Du passé au présent
Si le Suquet reste un quartier inscrit dans l’histoire de Cannes, ses rues ne sont éloignées que de quelques centaines de mètres de la Croisette et des palaces. D’où un passage presque brutal de l’ancienne bourgade misérable à celui du monde ultra-luxueux des fards et des paillettes.
D’où vient le nom de Cannes ?
Une première hypothèse avance que Cannes (ou Canna en latin) devrait son nom à ses roseaux, plante endémique de la région. Une seconde explique que ce nom viendrait de la racine celtique « Kan » qui signifie le sommet, le haut lieu. Le nom du village apparaît pour la première fois en 990 en tant que Canoas et Canua, puis Canoïs, signifiant « hauteur » ou « sommet », c’est-à-dire un village perché. C’est en 1030, lors de la donation par le seigneur de Rodoard à l’abbaye de Lérins, que le terme évolua en Canue, Canoa et enfin Cano. La commune fut créée en 1793 sous son nom actuel, Cannes.
Une légende locale ajoute une touche romantique à l’origine du nom de Cannes. Lors de l’arrivée des premiers colons dans la région, une nymphe nommée « Canna » aurait été séduite par la beauté du paysage et aurait donné son nom à la ville. Bien que cette légende ne repose sur aucune base historique vérifiable, elle ajoute une dimension poétique à l’histoire cinématographique de Cannes.



