Critique : Les Maîtres de l'univers, un flop prévisible sur Prime Video
Les Maîtres de l'univers : un flop prévisible

« Eh beh… ». C’est la première pensée qui vient à l’esprit après avoir vu Les Maîtres de l’univers, réalisé par Travis Knight et disponible ce mercredi sur Prime Video. Le film n’est pas passé par la case « salle de cinéma » en France. On se félicite de cette décision lucide : le flop du film aux États-Unis confirme que l’immobiliser loin de la plateforme pendant des mois en raison de la chronologie des médias aurait été une mauvaise idée. Essayer de limiter les dégâts financiers est plus raisonnable.

Un retour aux sources basique

Le film revient aux origines de la saga en un « Maître de l’univers pour les Nuls » des plus basiques. Adam, prince héritier mollasson méprisé par son père, est envoyé sur terre avec son épée magique quand un coup d’État laisse son royaume d’Eternia aux mains de Skeletor. Le petit garçon pas bien finaud trouve le moyen de paumer l’arme avant même de toucher le sol de notre planète. Il lui faudra quinze ans pour remettre la main dessus et reprendre les choses en mains. Il aura eu le temps d’acquérir des muscles à défaut de neurones. Voilà, ça, c’est l’histoire. Du solide et sans mystère comme en a déjà vu, lu et entendu des centaines de fois. Ce n’est pas ça qui cloche. Mais alors qu’est-ce qui ne va pas ?

Une mauvaise idée

Travis Knight, fils du créateur de Nike, Philip Knight, adore les joujoux à l’écran. Il l’a prouvé avec génie pour le film en stop motion Kubo et l’armure magique, produit par son studio d’animation Laika. Il y avait fait ses premières armes comme animateur notamment sur Coraline d’Henry Selick. Côté prises de vues réelles, c’est moins ça. Bumblebee, déclinaison de la franchise Transformers, ne dépassait pas le stade de la « mignonnerie » sympathique. Miser sur sa relecture de Masters Of The Universe, affaire passée de mode depuis plusieurs décennies, était hasardeux.

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On imagine les commerciaux de chez Mattel se frotter les mains en imaginant le retour des Maîtres de l’univers sur les écrans et dans les rayonnages des magasins ! Le Barbie de Greta Gerwig a fait grand mal à l’industrie cinématographique en convainquant Hollywood qu’il y avait de l’argent à gagner si on conjugue cinéma et jouets mythiques. Condamné à être la énième roue du carrosse, Musclor a tenté de sauter dedans. C’est déjà son lot dès ses origines car Mattel ne l’a créé que pour concurrencer les jouets Star Wars dont la firme avait sottement repoussé la commercialisation.

De mauvaises raisons

Il n’est pas rare qu’accomplir les choses pour de mauvaises raisons aboutisse à de bons gros ratages bien dodus. Dès les premières images, le spectateur grince des dents : ce n’est pas joli. On ne répétera jamais assez que ce qui peut passer en animation même sommaire est juste vilain comme tout en prise de vues réelles (ou plutôt en informatique moche). Est-ce un manque de moyens ou de goût ? Sans doute, un peu des deux.

Et Musclor a toujours eu le charisme d’un bulot sans coquille et sans mayonnaise. Nicolas Galitzine se montre digne des circonstances comme du rôle qui lui a été confié. Il est aussi expressif, mais tout de même plus mobile, que la figurine qu’il incarne. Ses partenaires se sont mis en service minimum. Même Idris Elba, la classe incarnée, semble très fatigué.

Très long et mou du genou

Non seulement, ce n’est pas bon mais, en plus, c’est très long ! Deux heures et vingt-trois minutes d’aventures visiblement conçues pour des enfants pas exigeants. C’est aussi une erreur commune que de penser que les bambins sont idiots ou peu facilement satisfaits. Eux aussi peuvent avoir des possibilités de comparaison et s’ennuyer ferme devant des combats répétitifs et des vannes dignes de cour de récréation. Tout ça est bien mou du genou, un comble pour des figurines rigides.

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Travis Knight a posé ses fesses sur le fil de l’Épée du pouvoir. Il cherche à rendre son film drôle et moderne, ce qu’avait réussi Greta Gerwig avec Barbie (toujours elle). Pour ce faire, il pousse le curseur le plus loin possible, rendant les personnages caricaturaux à l’extrême tout en multipliant les références à la saga, y compris dans le message moralisateur de la fin. Entre respect et parodie, il ne choisit pas son camp et c’est embarrassant car le résultat n’est ni drôle pour le spectateur lambda ni satisfaisant pour les fans nostalgiques.

Et si le problème était la franchise elle-même ?

Et si le principal problème des Maîtres de l’univers était tout simplement… Les Maîtres de l’univers, une franchise datée, ringarde, démodée depuis quarante ans ? S’il était peut-être tout bonnement temps de passer à autre chose ? La réponse est dans la question. Il semble douteux que Les Maîtres de l’univers connaisse les suites que laissent espérer les nombreuses fausses fins pendant et après le générique final.