Le documentaire « Les 2 Gisèle », réalisé par Juliette Guérin, établit un parallèle saisissant entre deux procès historiques pour viol : celui d'Aix-en-Provence en 1978, mené par l'avocate Gisèle Halimi, et celui dit « des viols de Mazan », qui s'est tenu à Avignon fin 2024, où Gisèle Pelicot a fait preuve d'un courage exemplaire. Disponible sur France.tv, cette série documentaire en quatre épisodes de vingt minutes a été primée cette année au Figra (Festival international du Grand Reportage d'Actualité).
Un parallèle entre deux époques
Le point de départ de cette comparaison est une question posée lors d'un micro-trottoir en 1976 : « Qui sont les femmes qui se font violer ? ». Les réponses, choquantes, révèlent une époque où la victime était souvent jugée responsable : « Celles qui sont imprudentes », lâche un homme, tandis qu'un autre répond « Ça dépend de leur tenue vestimentaire ». Ces images d'archives donnent le ton de ce que la société française pensait du viol il y a près de cinquante ans.
Deux ans plus tard, en mai 1978, s'ouvre aux assises d'Aix-en-Provence un procès retentissant pour viol, mené par la talentueuse avocate Gisèle Halimi. Quarante-six ans plus tard, à l'automne 2024, la cour criminelle du Vaucluse, à Avignon, juge Dominique Pelicot et 50 autres hommes, tous accusés d'avoir violé Gisèle Pelicot pendant près de dix ans, alors qu'elle était inconsciente, profondément sédatée.
Le témoignage clé d'Agnès Fichot
Pour établir ce lien entre les deux affaires, la réalisatrice s'appuie sur le témoignage d'Agnès Fichot, jeune collaboratrice de Gisèle Halimi en 1978. Cette avocate, devenue un précieux fil rouge de la série, confie : « Avec ce procès Pelicot, j'ai l'impression de revenir cinquante ans en arrière ». Cette réflexion illustre le choc que représente la révélation de l'affaire Pelicot, mais aussi les progrès accomplis en matière de prise en charge des victimes.
Le documentaire mêle images récentes, archives et scènes de fiction pour interroger le regard que portait la société française sur le viol à l'époque de Gisèle Halimi, et la manière dont il a évolué depuis. Il s'appuie notamment sur les procès-verbaux et les comptes rendus d'audience pour retracer les débats, les stratégies des avocats et les témoignages des victimes.
Un demi-siècle de luttes féministes
En confrontant les deux procès, « Les 2 Gisèle » met en lumière les avancées législatives et sociétales, mais aussi les résistances qui persistent. Le procès de 1978 a été un tournant : Gisèle Halimi, en défendant des femmes violées, a contribué à faire évoluer la jurisprudence et à briser le silence autour de ce crime. Le procès de 2024, lui, a été marqué par la décision de Gisèle Pelicot de refuser le huis clos, permettant ainsi que les débats soient publics et que la honte change de camp.
La série documentaire, disponible sur France.tv, s'inscrit dans une programmation plus large de documentaires marquants, allant de « DJ Mehdi : Made in France » à « No Other Land », en passant par « Ernest Cole, photographe ». Elle offre une réflexion essentielle sur l'évolution des mentalités face aux violences sexuelles.
Un documentaire primé et nécessaire
Primée au Figra, cette série de Juliette Guérin a reçu un accueil critique favorable. Elle s'inscrit dans la lignée des documentaires qui, à l'instar de « No Other Land » ou « Mister Nobody contre Poutine », utilisent le format pour éclairer des sujets de société complexes. En donnant la parole aux protagonistes et en confrontant les époques, « Les 2 Gisèle » offre un éclairage précieux sur un combat qui, malgré les décennies, reste d'une actualité brûlante.
Le documentaire est disponible en intégralité sur France.tv, permettant à un large public de découvrir cette analyse croisée. Il s'agit d'une œuvre qui, au-delà de son intérêt historique, interroge chacun sur la manière dont la justice et la société traitent les victimes de viol, et sur le chemin qui reste à parcourir.



