« La Zone d'intérêt » : le chef-d'œuvre glaçant de Jonathan Glazer ce soir sur France 5
« La Zone d'intérêt » : le choc Glazer ce soir sur France 5

« La Zone d'intérêt » : quand le mal nous regarde

Le chef-d'œuvre du réalisateur britannique Jonathan Glazer brise toutes les conventions du film historique pour montrer une vision hantée du IIIe Reich. À voir ce soir à 21h05 sur France 5.

« La Zone d'intérêt » documente le quotidien d'une banale famille allemande au début des années 1940 : une femme au foyer très attachée à son coquet pavillon, un terne mari officier, et des enfants qu'il faut élever sainement. Rien de remarquable, sinon les hauts murs barbelés qui bordent le jardin, la fumée s'échappant d'une cheminée derrière ce rempart et un vrombissement incessant de machines. Plus nettement, des cris et des coups de feu viennent troubler le calme de la résidence. Quoi de plus normal pour la famille Höss que de loger près du lieu de travail du mari, commandant du camp d'extermination d'Auschwitz ?

Une esthétique radicale

Glazer rompt avec l'esthétique usuelle du film historique, souvent déclinée en teintes grises ou sépia. Sa photographie numérique hyperréaliste restitue au contraire avec netteté tous les détails et produit une terrifiante sensation de présent. C'est évidemment nous-mêmes qui sommes regardés par ces images, et amenés à réfléchir sur notre insensibilité aux horreurs du monde contemporain.

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Des nazis ordinaires

Sandra Hüller, se déplaçant avec lourdeur dans ses quelques mètres carrés de bonheur artificiel, compose un personnage médiocre et égoïste employant comme domestiques les prisonniers du camp. Derrière cette bourgeoisie, c'est toute une économie de la mort qui est à l'œuvre : la mère de famille n'hésite pas à s'emparer des fourrures ou des bijoux des déportés, alors que son mari expose ses plans pour accroître le « rendement » du camp.

« La Zone d'intérêt » n'est cependant pas qu'un film glacial et méthodique. Derrière son image clinique, ce monde est en train de pourrir. Höss découvre des restes humains dans la rivière où se baignent ses enfants et lui-même est sujet à des troubles gastriques qui provoquent des vomissements. Glazer ponctue son film de visions cauchemardesques en caméra thermique, de sidérantes projections vers le futur, comme celles du musée d'Auschwitz, et d'écrans noirs d'où s'élèvent des chœurs en furie. La solution finale n'est pas qu'un moment dans l'histoire du monde, nous dit Glazer, elle a durablement altéré, jusqu'à aujourd'hui, le psychisme collectif de l'humanité.

Vendredi 15 mai à 21h05 sur France 5. Drame historique de Jonathan Glazer (2023). Avec Christian Friedel, Sandra Hüller (1h45). Disponible à la demande sur France.tv.

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